La ligne du port du Légué (Saint-Brieuc)

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Le port du Légué

Cette ligne est demandée depuis de nombreuses années par les édiles de la ville de Saint-Brieuc et la Chambre de Commerce. Déjà, lors des débats relatifs au tracé de la ligne de Pontivy à Saint-Brieuc (dans les années 1860-1870) il avait été envisagé de la prolonger jusqu’au port du Légué avec à l’esprit l’acheminement des engrais marins afin de fertiliser les terres de l’intérieur; sans succès.

La ville de Saint-Brieuc décide alors de financer elle-même une étude afin d’examiner les modalités de réalisation de cette ligne. Un crédit de 2 000 francs est voté et l’étude est menée en 1870-1871 ; L’enquête d’utilité publique est même lancée en janvier 1873 et une société privée se propose de construire et d’exploiter la ligne sans solliciter de subvention. Cette société, l’entreprise Lenoir et Arnoux réalise les études détaillées qui doivent mener la ligne jusqu’au port en suivant en partie la ligne vers Loudéac, s’en écarter dans une grande courbe pour rejoindre Brézillet, puis vers le pont de Gouédic traverser la route impériale N° 12 et plonger avec une forte pente dans la vallée jusqu’au port. Le traité de concession et le cahier des charges sont signés par le maire de Saint-Brieuc avec la société le 27 mars 1874. Cependant rien ne se passe, tout au plus un début de travaux ; la société anonyme du chemin de fer de Saint-Brieuc à la mer rencontre en effet des difficultés. L’actionnaire principal la société Lavigerie-Fischer and C° dont le siège est à Londres fait savoir que la société est en liquidation et ne pourra respecter ses engagements, sauf à obtenir des subventions ! Le projet en reste là durant les années 1874 à 1878, jusqu’à ce que le ministre Freycinet sollicite les départements afin de recueillir leur avis sur les lignes se réaliser dans le cadre de son plan.

Cette ligne figure donc en bonne place parmi celles devant être réalisées dans le cadre du plan Freycinet. Elle a pour seule ambition de raccorder le port du Légué à Saint-Brieuc sur la ligne Rennes- Brest à la gare de la Compagnie de l’Ouest, tout en étant intégrée dans le réseau d’intérêt général. A cette époque beaucoup d’espoirs sont mis dans le port du Légué. Son bassin à flot dont la construction est engagée depuis 18XX doit permettre de dynamiser le trafic de cabotage. Le bassin à flot du Légué est achevé en 18XX après près de quarante ans d’attente ( 1). Sa desserte ferroviaire est tout à fait dans l’esprit du plan imaginé par Freycinet, permettre la jonction entre les différents modes de transports.

Les études de la ligne ferroviaire reprennent cette fois sous l’égide des ingénieurs des ponts et chaussées qui étudient un nouveau tracé plus long mais moins tourmenté. Il est soumis comme d’habitude à l’administration centrale en août 1879. Après avis du conseil général des ponts et chaussées, la déclaration d’utilité publique est signée le 31 janvier 1880 pour un racé par la vallée long de 5,4 kilomètres et coûtant 1,5 MF.

Les travaux pourraient donc débuter d’autant que le conseil général a donné son accord pour financer les travaux à raison de 20 000 francs par kilomètres. En avril 1881 le conseil municipal de Saint-Brieuc demande le début des travaux. Or à cette époque se produit un changement à la tête du service des ponts et chaussées du département. Le nouvel ingénieur des ponts et chaussées (donner son nom) a une vision différente du projet et préconise un tracé plus long, avec des courbes plus grandes et des pentes faibles, moins éloigné de la ville de Saint-Brieuc en la faisant passer par Cesson et non plus par la vallée de Gouédic, ce qui nécessite néanmoins le creusement d’un tunnel. L’ingénieur en chef des ponts et chaussées soumet son projet à ses supérieurs parisiens qui l’entérinent en août 1881, le ministre le fait savoir au préfet dès le 20 août. Par contre elle alourdit la facture pour le conseil général du fait de l’allongement de tracé. Des pétitions circulent afin de maintenir le tracé initialement adopté, sans succès. Le conseil général donne son accord ainsi que la ville de Saint-Brieuc (conseil municipal du 13 octobre 1881.) L’objectif est de commencer les travaux qui n’ont que trop tardés avec toutes ses péripéties. Le trafic du port pouvant en pâtir ! L’argumentaire justifiant cette ligne est totalement bâti sur la nécessité d’introduire du charbon, du bois du Nord, des sables calcaires dans les terres, et d’y exporter des poteaux de mines, de céréales et des bestiaux !

La ligne est concédée à la Compagnie de l’Ouest par une convention approuvée par la loi du 20 novembre 1883, elle comporte comme gare terminale Le Légué.

Le financement

Le financement des travaux de la ligne est assuré en partie par le conseil général, en effet celui-ci a accepté le 18 avril 1882 d’apporter une contribution égale à 20 000 francs par kilomètre versée au fur et à mesure de la réalisation des travaux pour les lignes de Guingamp à Paimpol et du Légué. Cette subvention est versée sous forme de fonds de concours au budget de l’État. Au total cela représente un montant de 816 480 francs dont 708 480 pour la ligne vers Paimpol et 108 000 francs pour celle qui doit desservir le port du Légué (sur la base du tracé initial soit 5,4 kilomètres).

Le tracé de la voie ferrée est approuvé le 13 janvier 1882 ; il contourne la ville de Saint-Brieuc par l’est afin de rejoindre le village de Cesson. Cette ligne longue d’à peine sept kilomètres a la particularité, rare en Bretagne, de comporter un tunnel creusé sous la colline de Cesson afin de rejoindre la rive droite du port. Ce tunnel courbe est long de 253 mètres Une gare est construite près du premier bassin à flot. L’enquête parcellaire est menée à la fin du mois de janvier 1882 ; toutes les réclamations des propriétaires sont écartées et l’arrêté de cessibilité des terrains est signé par le préfet le 12 mai 1882.

L’adjudication a lieu le 2 septembre 1884 et le marché est attribué à l’entreprise de M. Couvert qui a proposé le plus important rabais, soit 28 %. Les travaux sont achevés le 15 avril 1887 et la mise en exploitation se déroule le 31 juillet de la même année. Elle est exploitée dès 1887 par la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest Les travaux s’échelonnent durant trois ans, de 1884 à 1887 du fait des travaux de percement de ce tunnel. Pourtant, en février 1886, les responsables s’impatientent, la Chambre de Commerce des Côtes-du-Nord qui a financé une part des travaux du bassin à flot du Légué et le droit de percevoir un droit de tonnage sur les marchandises espère que cette voie ferrée offrira un débouché pour les marchandises débarquées dans le port. Reviennent encore et toujours le leitmotiv des engrais maritimes utiles à l’agriculture et qu’il faut transporter au moindres coût, c'est-à-dire des tarifs spéciaux, maintenant que la ligne est en voie d’achèvement ! Dans ce genre de situation, tout le monde se rejette la responsabilité du retard. La Compagnie de l’Ouest indique en mars 1886 qu’elle attend les autorisations administratives pour la gare maritime du Légué ! La ligne comporte un autre ouvrage d’art important, le viaduc des Courses, ouvrage de trois arches de huit mètres, qui surplombe le chemin vicinal qui dessert la grève du même nom, où se déroule à l’époque des courses hippiques. La ligne comporte également huit passages à niveau.

Le tunnel du Légué

Ce tunnel permet à la ligne de franchir la colline de Cesson où est édifiée depuis le Moyen-Âge la tour, dont on dit qu’elle servit de phare, de point de défense, etc. Long de 253 mètres il est réalisé en courbe avec un rayon intérieur de 500 mètres. Avant de retenir définitivement cette solution les services des ponts et chaussées demandent au préalable l’ouverture d’une galerie d’essai de part et d’autre. L’objectif est de mesurer la nature des roches et ainsi permettre de fixer les prix à forfait des travaux. Cette opération est estimée à 90 000 francs, elle se déroule en 1883 sur une longueur de cinquante mètres de chaque côté, le profil du tunnel est un trapèze de trois mètres de base et trois mètres de hauteur avec une pente de un dixième. Un entrepreneur dépose une soumission pour ces travaux un peu particuliers, il s’agit de Jean- Louis Pignorel entrepreneur de TP à Saint-Brieuc qui remet l’offre la plus avantageuse le 8 janvier 1883 ; Ces travaux préliminaires se déroulent comme prévus du côté du Légué, par contre côté Cesson il est nécessaire d’augmenter le devis de 12 250 francs ! Le tunnel comporte à ses deux entrées un ensemble architectural typique de cette époque, avec un frontispice en granit.

La gare du Légué

Cette gare ne semble pas avoir été comprise dans le projet initial de la Compagnie de l’Ouest, ni dans les procédures menées au début des années 1880. Alors que les travaux s’achèvent, les responsables s’étonnent de cette situation. Elle est en fait ajoutée en 1886 avec également des discussions à propos de son intérêt et de son financement. Les travaux sont estimés à 474 000 francs dont 350 000 francs pour la gare seule. Le conseil général des ponts et chaussées considère d’ailleurs que ces coûts sont hors de proportion avec l’importance de la ligne, faible nombre de voyageurs, ligne axée sur le trafic des marchandises. Il est donc préconisé de supprimer la gare et de la remplacer par une halte ! La dépense dans ce cas ne s’élèverait qu’à 115 000 francs. Une halte couverte de deux travées, un quai découvert, un bureau pour la petite vitesse et un logement au dessus pour le chef de gare, tout cela coûte 178 000 francs, rien n’est prévu pour les voyageurs ! (1 )

La mise en service, les tarifs

La ligne est ouverte à la circulation le 31 juillet 1887, elle se situe à 468 km de la gare Montparnasse ! La Compagnie de l’Ouest est soumise à la pression du conseil général et de la Chambre de Commerce afin de réduire les tarifs. Ils demandent la suppression de la taxe de 0 F 40 par tonne prélevée pour les transports d’engrais de mer. En 1888 il est également demandé la suppression de la taxe sur les marchandises chargées sur les voies des quais du port, satisfaction sera donnée en 1893. En 1888 elle est poussée à abaisser ses tarifs pour le transport de houille. Les industriels locaux font remarquer que les tarifs appliqués dans les autres ports Saint-Malo, Redon, Saint-Nazaire et Brest permettent au charbon débarqué dans ces ports de venir concurrencer celui acheminé depuis le port du Légué. La Chambre de Commerce craint une perte de trafic maritime alors qu’elle a souscrit un emprunt pour achever le bassin à flot, compensé par de nouvelles taxes portuaires. En septembre 1888, la Compagnie de l’Ouest est autorisée à abaisser ses tarifs par les services du contrôle.