Château de Beaumanoir

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Château de Beaumanoir
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Beaumanoir.jpg
Milieu du XVIè ~ XVIIè ~ XVIIIè ~ XIXè siècles.
L'architecture du château de Beaumanoir est très originale : c'est le seul ensemble hygiéniste achevé et complet du département. Son cadre incomparable, fait de forêts et d'étangs, aurait transporté René, le héros de Chateaubriand, et envoûté le grand Meaulnes d'Alain Fournier. Roman Polanski y a tourné Tess en 1979 et Régis Warnier, tombé lui aussi amoureux du site, y a filmé en 1987 "Je suis le seigneur du château".

Un manoir féodal : Le logis, construit selon un plan en L, n'a cessé d'évoluer au cours des siècles. Un premier manoir fut construit vers 1426, à proximité de l'ancienne motte féodale et de la rivière du Leff par un descendant du célèbre Jean de Beaumanoir qui gagna le combat des Trente en 1351. Les maîtres de Beaumanoir, les Eder, comptaient parmi les principaux vassaux de cette cité et jouissaient de pouvoirs de haute, moyenne et basse justices. Le domaine était alors entouré de sept étangs et de fortifications redoutables. De cette époque subsiste la monumentale cheminée de la salle des Gardes, construite en 1535. Son manteau et son linteau arborent les initiales, les armes et les écussons des Eder et de leurs épouses. Lors des guerres de Religion, Guy Eder de Lavardin de Beaumanoir, plus connu sous son nom de guerre, La Fontenelle, participa activement à des sacs et à des pillages dans tout le Trégor, la haute Cornouaille et la région de Douarnenez. Dès lors, le domaine subit les représailles royales. L'aile droite et l'enceinte furent démolies, les écussons martelés, et le propriétaire des lieux roué en place de Grève en 1602. Soumis au jeu des alliances, le château passa ensuite de main en main. Le corps de logis fut remanié aux XVIIè et XVIIIè siècles, période de réalisation des superbes décors intérieurs, peints sur bois et sur pierre. Pendant la Révolution, Beaumanoir fut épargné car sa propriétaire Adélaïde de Béthune, belle-fille de l'Electeur Palatin, le duc de Deux-Ponts, était étrangère. Par la suite, le château, demeuré inhabité, tomba lentement en ruine. En 1895, le comte et la comtesse de Saint Pierre décidèrent de le remettre en état. Ils choisirent le style néo-gothique pour rénover le manoir et le réaménager entièrement à l'intérieur. Un domaine victorien : La comtesse de Saint Pierre, originaire de Montdidier, dans la Somme, marqua fortement la réorganisation du domaine. Son élaboration s'étala sur toute une décennie, de 1895 à 1905. Personnalité dynamique et entreprenante, Mme de Saint Pierre recensa les archives du domaine et confia à un architecte de Saint-Brieuc, Auguste Courcoux (1871-1956), la construction des communs puis la restauration du château. Le paysagiste Charles Singlis fut choisi à l'issue d'un concours pour dessiner un parc à l'anglaise entouré de 500 ha de terres et de bois. L'aménagement du parc, la restauration du domaine traduisent bien le nouveau mode de vie d'une aristocratie bretonne qui, à la fin du XIXè siècle, revient à la terre. Elle imitait ainsi, avec un demi-siècle de retard, ses voisins de l'Anjou et du Maine, en construisant de vastes fermes modèles. Signes de modernité, l'eau courante, l'électricité, le chauffage central, installés dès cette période, fonctionnent encore aujourd'hui. Le domaine, adapté à un mode de vie campagnarde qui disparaîtra en 1914, pouvait alors vivre entièrement replié sur lui-même, en autarcie. Son exploitation était soumise à une rationalité industrielle, à des soucis d'hygiène et à une organisation sociale très victorienne. Maîtres et domestiques ne se mélangent plus comme au XVIIè siècle : les serviteurs travaillent à l'abri des regards, dans les cuisines et l'arrière-cuisine, une salle à manger leur est propre. Toutes ces pièces sont installées au sous-sol. Le personnel célibataire loge loin des maîtres, aux étages supérieurs, femmes et hommes séparés. Les familles du jardinier et du garde sont logées à l'extérieur, dans des pavillons indépendants. Des communs peu ordinaires : Cette organisation victorienne, si fonctionnelle, n'exclut ni monumentalité ni fantaisie, comme en témoignent les écuries et les dépendances. Leur architecture, résolument moderne, associe brique, charpentes métalliques, verre, granite rose de Perros-Guirec et bois. Elle choqua à l'époque une région demeurée passéiste et quelque peu hostile à la modernité. Les écuries, la ferme modèle et le complexe jardinier constituent les trois grands ensembles de ces communs. Ils ont été bâtis sur le modèle de ceux du château de Ferrières, propriété du baron de Rothschild en Seine-et-Marne. Les bâtiments monumentaux des grandes écuries servaient à abriter les véhicules de locomotion tractée ou motorisée. Sur les deux écuries construites, l'une était réservée aux habitants du domaine, l'autre aux hôtes de passage. Cette séparation avait été prévue dans le but d'éviter tout risque d'épidémie. Stalles et boxes furent conçus sur le modèle des écuries du prince de Condé, à Chantilly. Les mangeoires, en fonte émaillée blanche, sont bordées d'un parement en marbre rose, et un tapis-brosse recouvre les lambris de chaque stalle. Une cour vitrée à la Baltard, encadrée de deux fontaines monumentales en granite, permettait d'atteler à l'abri des intempéries. Devant la cour, une piste avait été aménagée afin d'y faire tourner les chevaux. A l'étage, au-dessus de la remise et des écuries, des greniers à paille et trois chambres servaient aux palefreniers et aux cochers. Ces communs se distinguent donc de la ferme modèle, composée de onze maisonnettes, disposées autour d'une cour sablée rectangulaire, au milieu de laquelle se dresse une fontaine monumentale, dotée de deux auges pour les chevaux. Dans cette ferme modèle, magasin à fourrage, écurie pour les chevaux de trait, infirmerie, atelier, cellier, habitation du gardien, etc. se succèdent en enfilade. Particulièrement soigné, le poulailler dispose de volières, de perchoirs, de trappes à oeufs, d'une cuisine et d'un magasin. Le jardin potager : Situé au sud du domaine, ce jardin, où domine le souci de la perfection et du détail, se divise en carrés de plantation, entourés de buis, puis d'une seconde bordure de fleurs et d'arbres fruitiers taillés en quenouille. A Beaumanoir, on cultivait, quand on ne surproduisait pas, toutes les variétés de fruits et de légumes, y compris des asperges et des melons en saison. Le mur d'enceinte garni d'espaliers possédait des rideaux qui permettaient au printemps de protéger les arbres fruitiers des gelées tardives. Chauffée au chauffage central, agrémentée de rocailles et de palmiers, une serre équipée d'un dôme servait de jardin d'hiver. Elle vient d'être remise en état. Le parc à l'anglaise : Entouré de bois, ce parc doit son charme à un étang de 3 ha alimenté par le Leff. Un petit embarcadère permet d'y canoter et un chemin de desserte de le longer. Les six autres étangs du Moyen Age furent asséchés sous la Convention à cause des fièvres. Malgré les ravages de l'ouragan de 1987, de très beaux arbres - séquoias, chênes verts, hêtres pourpres, cyprès chauves de Louisiane, cryptomères du Japon, etc. - s'y dressent encore. Des barrières blanches, au nord-est du château, signalent le pré au kiosque, idéal pour laisser paître les chevaux, à côté des cressonnières et du lavoir. Fermé.