Yves Henry

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NĂ© le 31 Mars 1899 Ă  PloĂ©zal de parents agriculteurs, Yves Henry dĂ©bute une carrière politique comme candidat aux Ă©lections municipales dès 1924 , puis il la poursuit en 1937 annĂ©e oĂą il est Ă©lu conseiller d’arrondissement ( S.F.I.O ).Il exerce la profession de cultivateur dans la commune de PloĂ©zal et s’engage très tĂ´t dans la dĂ©fense de la cause paysanne en particulier au cours de l’annĂ©e 1934. Cette annĂ©e-lĂ  fut terrible pour les paysans, le blĂ© ne se vendait pas, les baux dus Ă  la Saint-Michel après les moissons, la loi autorisait alors les propriĂ©taires des fermes Ă  saisir le matĂ©riel agricole des paysans qui ne pouvaient rĂ©gler leur loyer. Un mouvement d’opposition aux ventes -saisies est engagĂ© notamment dans le TrĂ©gor Ă  l’appel du Parti Communiste et de l’aile gauche de la SFIO . Les militants doivent s’opposer aux saisies qui privent les paysans de leur outil de travail. Yves Henry s’engage dans la lutte et se rendait sur les lieux des ventes annoncĂ©es. Sa tactique Ă©tait simple : il expliquait la situation en breton et dĂ©montrait que si les outils de travail Ă©taient vendus on ne pourrait plus nourrir les enfants, et que donc tout acheteur venu faire une bonne affaire devrait prendre en charge un des enfants de la ferme ; il matĂ©rialisait cela en plaçant un enfant sur une charrette, sur une charrue , etc. De quoi dissuader. Il a pu ainsi arrĂŞter quelques ventes, mais un jour , Ă  Coatascorn, les gendarmes Ă©taient prĂ©sents et ont emmenĂ© et emprisonnĂ© Yves Henry Ă  Lannion. Son avocate Ă©tait la fille de Marcel Cachin qui le fit libĂ©rĂ©. A sa sortie de prison il se rendit Ă  la ferme vide et un des sept enfants de la maison vint habiter chez les Henry.

Dans la Résistance

Pendant l’occupation allemande « Les distances ne l’effrayaient pas et utilisa les moyens de locomotion les plus divers pour assurer sa prĂ©sence aux rĂ©unions secrètes Â». En effet Yves Henry est en contact avec François, chef du Front National .Il arrivait toujours Ă  bicyclette ; discret, presque furtif, on le savait porteur de nouvelles et probablement de consignes relatives Ă  des parachutages ou Ă  des actions de rĂ©sistance. Bernard responsable dĂ©partemental des F.U.J.P., Tanguy-Prigent avec lequel il prĂ©parait pour l’après guerre une meilleure situation pour la paysannerie., notamment un statut du fermage et du mĂ©tayage plus juste. Ils se retrouvent notamment Ă  PloĂ©zal dans le cafĂ© de Maria Tiec qui est de connivence avec la rĂ©sistance . C’est dans ce cafĂ© qu’était rĂ©digĂ© tous les mois le journal clandestin «  Le Patriote des Cotes du Nord Â» créé par Jean Devienne. La famille Henry participe Ă  ce combat inscrit dans une cohĂ©rence militante de toujours . «  J’ai Ă©tĂ© associĂ©e Ă  ce combat ; j’ai su les mots de passe Ă  exiger des gens de passage inconnus ; j’ai eu Ă  aller obtenir du sacristain qui Ă©tait aussi secrĂ©taire de mairie le cachet nĂ©cessaire pour valider les fausses cartes d’identitĂ© de rĂ©fractaires de la classe 1942. J’ai eu Ă  me rendre Ă  la prison de Saint-Brieuc prendre des nouvelles de ceux qui Ă©taient arrĂŞtĂ©s et qui allaient partir pour l’Allemagne. J’ai le souvenir de la stricte obĂ©issance des consignes de Radio Londres .Elles disaient mettez des V de la Victoire partout et les quatre chevaux de la ferme s’appelaient Vainqueur, Vengeur, Valmy et Verdun. Mon père qui avait des talents de chansonnier mettait en couplets bretons la campagne de Russie et la rĂ©sistance de Stalingrad. La maison fut visitĂ©e Ă  deux reprises au moins par les allemands. J’ai eu Ă  faire le guet devant la maison lors de rĂ©unions sĂ©crĂŞtes. Un jour les allemands ont emmenĂ© ma mère sans mĂ©nagement ; elle allait ĂŞtre condamnĂ©e Ă  un an de prison pour avoir Ă©coutĂ© la radio anglaise. Elle dut s’enfuir en zone libre pour Ă©chapper Ă  la sentence Â» raconte Eliane la fille d’Yves Henry. Son père disait n’avoir jamais passĂ© autant de temps dans les Ă©glises depuis qu’il Ă©tait dans la RĂ©sistance, les rendez-vous ayant souvent lieu dans des presbytères ou des sacristies, notamment celle de l’Eglise Saint-Michel de Saint-Brieuc.


Dans une plaidoirie au tribunal le 4 Janvier 1944 lors du jugement d’un procès intentĂ© Ă  M. Jean Bonbouny de PloĂ©zal, MaĂ®tre StĂ©phan, avocat au barreau a directement mis en cause M. Henry, le qualifiant en public de «  rĂ©sistant dangereux, chef des terroristes de la rĂ©gion, recherchĂ© par les autoritĂ©s allemandes et la police française Â». Le CDL porte plainte lors de sa sĂ©ance du 13 FĂ©vrier 1945 contre cet avocat.

Yves Henry, était une forte personnalité. Agriculteur il avait un charisme au dessus de la normale, il se situait au dessus de la masse des agriculteurs par son intelligence, par sa faconde. Il pouvait parler devant un auditoire pendant une heure sans papier. C’était un bel homme, il avait une belle prestance. Il était pour nous, FTP, une base à Ploézal. Il nous a désigné un endroit sûr pour créer un maquis à Ploézal avec des gars venant de Plounez et de Lézardrieux. Il nous donnait des renseignements sur l’attitude de certaines personnes. Ainsi la femme d’un boulanger qui était un collaboratrice qui renseignait la police de Vichy et la Gestapo. Nous avons pris la décision de la descendre en plein jour, mais la mitraillette anglaise que j’avais, une Sten, s’est enrayée du fait qu’elle n’avait pas été suffisamment dégraissée. Nous avons dû prendre la fuite rapidement...

Maire de Ploézal

Yves Henry est désigné maire de sa commune à la Libération dans le cadre de la remise en ordre des municipalités. Il est ensuite élu plusieurs mandats de suite. Yves Henry devient membre du Comité départemental de la Libération au printemps 1944 jusqu'à la fin du mois de décembre 1945. Il y représente en fait les milieux agricoles et la Confédération Générale Agricole qui sera créée après la Libération. Il siège avec Henri Avril au sein de la commission chargée de la remise en ordre des municipalités. Le 6 octobre 1944 il est désigné au poste de maire de sa commune, poste qu’il occupera jusque 1967, année où il démissionne pour raison de santé tout en restant conseiller municipal. Il joue ainsi un rôle important dans la modernisation de Ploézal, électrification rurale, adduction de l’eau potable, voirie communale. Il fit ériger en 1957 une nouvelle mairie et un foyer rural qui porte son nom.

Au sein du CDL, Yves Henry se fait l’écho des problèmes des agriculteurs. Ainsi le 9 mars 1945 , il suggère qu’il serait opportun de prévoir l’embauchage dans les fermes de réfugiés polonais qui ne demandent pas mieux que de travailler et de leur assurer ainsi une vie plus normale. L’aide des intéressés serait infiniment plus précieuse aux cultivateurs de la région au moment où le pays souffre d’une grande carence de main d’œuvre agricole. M .Avril invite M. Henry à intervenir en ce sens auprès de M. Guy, Directeur des prisonniers, déportés, réfugiés, qualifié pour autoriser pareille mesure.

Au cours du mois de mai 1945 ,Yves Henry, maire de Ploézal, dont la commune, fait des livraisons de façon régulière, s’étonne que les producteurs ne mettent pas plus de cœur à s’acquitter de leurs impositions pour ravitailler les villes.

Dans le cadre de la recomposition du Conseil Général Yves Henry se voit proposer le poste de conseiller général du canton de Pontrieux. Cependant il sera battu aux élections cantonales de l’automne 1945.

Dans le Patriote de L’Ouest datĂ© du 12 Octobre 1945, Jean Devienne souligne dans un article consacrĂ© aux candidats Ă  l’AssemblĂ©e Constituante «  la liste socialiste est menĂ©e de mains de maĂ®tre par notre vieil ami Yves Henry, maire de PloĂ©zal et militant du Front national depuis 1942. Son influence dans tous les milieux, notamment le milieu agricole, sa bonhomie, son ardeur au travail lui ont amenĂ© bien des sympathies, et tous ceux qui le connaissent se sont rĂ©jouis de la permutation qui s’est effectuĂ©e en dernière heure entre son second et lui. La rĂ©sistance socialiste aura ainsi sauvĂ© l’honneur. Â»

Député des Côtes du Nord

Yves Henry a ainsi à son actif une carrière parlementaire. Candidat sur la liste socialiste avec Antoine Mazier il est élu député en 1945 et 1946 aux deux assemblées constituantes, puis Conseiller de la République ( Sénat). A nouveau candidat sur la liste socialiste aux élections au Conseil de la République du 7 Novembre 1948, il obtient le plus de voix de sa liste qui est cependant distancée au deuxième tour par celle de l’Union Républicaine du Rassemblement des Gauches et du R.P.F ( MM . Cornu, Cordier et Jézéquel).

La Confédération Générale Agricole

Ardent dĂ©fenseur de la cause des agriculteurs,Yves Henry joua Ă©galement un rĂ´le important dans le syndicalisme agricole, il fut ainsi un des fondateurs, puis pendant plusieurs annĂ©es prĂ©sident dĂ©partemental de la ConfĂ©dĂ©ration GĂ©nĂ©rale Agricole dont l’instugateur Ă©tait Tanguy-Prigent et qu’il mit sur pieds avec Romain Boquen et Le Guyader. Il participa au dĂ©veloppement de la Caisse Mutuelle des Agriculteurs (MutualitĂ© Sociale Agricole) et fut administrateur du CrĂ©dit Agricole Mutuel et PrĂ©sident du Comice Agricole Cantonal et de la CoopĂ©rative agricole «  Celtique et Semeuse Â». A la fin des annĂ©es cinquante il fut membre du Parti Socialiste Autonome dont un des fondateurs fut François Tanguy-Prigent, il le suivit Ă©galement quand ce parti se transforma en Parti Socialiste UnifiĂ© ( P.S.U) et qui eut plusieurs Ă©lus dans les CĂ´tes du Nord, notamment Yves Le Foll.

Yves Henry Ă©tait un homme populaire, apprĂ©ciĂ© de la population . Il connaissait bien le dĂ©partement pour l’avoir parcouru rĂ©gulièrement au cours de nombreuses campagnes Ă©lectorales. «  Un brave homme , droit, il ne donnait pas l’impression d’être dĂ©putĂ©, il avait gardĂ© son parlĂ© paysan. Â» . Il Ă©crit rĂ©gulièrement dans « Le Combat Social Â» hebdomadaire du Parti Socialiste des articles consacrĂ© aux problèmes de l’agriculture. A la fin des annĂ©es cinquante il rejoint les socialistes qui créé le Parti Socialiste Autonome, qui deviendra plus tard le Parti Socialiste UnifiĂ© ( P.S.U).Il fut toujours partisan de l’unitĂ© d’action avec le P.C.F.Le contact qu’il avait avec la foule en fit un des hommes politiques les plus populaires du dĂ©partement, est-il Ă©crit dans Le Combat Socialiste, l’hebdomadaire du PSU des CĂ´tes du Nord du dĂ©but Mai 1970, en rendant hommage Ă  Yves Henry qui s’est Ă©teint le 25 Avril 1970 Ă  l’âge de 71 ans.

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