Paul Sébillot

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Paul Sébillot (1843-1918)

Né à Matignon, Côtes du Nord (aujourd’hui Côtes d’Armor), le 6 février 1843, Paul Sébillot fut écrivain, peintre, ethnographe et traditionniste français, ainsi que poète et auteur dramatique comme il le corrige lui-même sur l’épreuve du dictionnaire international des folkloristes.

Paul Sébillot n’eut pas l’honneur d’exercer la fonction de premier magistrat de cette illustre commune comme son frère aîné Pierre et comme son père, Pierre.

Le père de Paul Sébillot était docteur en médecine, ainsi que son grand-père et son arrière grand-père. Pierre Sébillot fut cité pour son dévouement lors de l’épidémie de choléra qui décima St Cast en 1832. Il fut maire de Matignon en 1848.

A la famille de sa mère appartenaient l’abbé Egault de Saint René, qui fut, au collège de Dol, l’un des professeurs de Chateubriand, et Egault des Noës, ingénieur en chef des ponts et chaussées, constructeur du canal de l’Ourcq, né à Dinan en 1787.

La famille est bretonne. Sébillot n’est qu’un surnom devenu paronymique. En 1420, il était l’un de ceux qui servaient à distinguer les branches assez nombreuse d’une famille Jouhan ( Jouhan Larcher, Jouhan de Malnoë, Jouhan Sébillot, etc.), qui figurent souvent dans les comptes de la forêt de Brocéliande ( aujourd’hui forêt de Paimpont) comme acquéreurs de petits lots de bois.

Notons que de 1611 à 1666 les registres de la paroisse de Concoret mentionnent des Sébillot, sieurs de la Rangée, probablement officiers de justice des Rosmadec, barons de Comper en Concoret dans l’ancien comté de Parhoët.

Très jeune il semble s’intéresser aux traditions orales.

« Dès mon enfance les choses populaires avaient pour moi tant d’attrait, que dès que j’ai su écrire », raconte t’il en 1913 dans la revue des traditions populaires « je notais sur mes cahiers d’écolier les chansons, les devinettes, les rimettes et les divers morceaux que chantaient ou disaient les paysans ou les domestiques ». Vincente Bequet, la bonne de son enfance, ancienne bergère de Saint Pôtan, ses camarades d’enfance de l’école publique de Matignon et particulièrement son voisin et compagnon de jeux, Emile Frostin, fils du menuisier, sont de ceux qu’ il interroge en tout premier, et qui lui fournirent une quinzaine de récits.

Paul Sébillot, au sortir du collège communal de Dinan, dont il fut l’un des plus brillants élèves, commença ses études de droit à Rennes et se rendit à Paris en 1863 pour les terminer.

Ses relations parisiennes le portent naturellement à se consacrer d’abord à la peinture, et ce dés 1867. Elève de Feyen-Perrin, Paul Sébillot a pour amis A. Gill et Courbet. Il exposera à de nombreuses reprises dans les salons officiels, parisiens, tel celui de de 1870 avec un tableau « Rochers à marée basse » qui fut remarqué et qui figura en 1872 à l’exposition de Londres. De 1870 à 1883, il a exposé quatorze tableaux aux différents salons de Paris. Deux de ses toiles figuraient à l’exposition universelle de Vienne en 1873.

Paul Sébillot a voué sa palette à la Bretagne, heureusement, dévotement, pour lui-même et pour les autres. Ce n’est pas à lui que Courbet aurait eu à appliquer avec une sévère ironie ce blâme qu’il adressait à tant d’artistes français se dévoyant chacun successivement ou même à la fois aux quatre points cardinaux: " Ils n’ont donc pas de pays, ces gens là ? ".

De plus il peint, dans la plupart sinon la totalité de ses oeuvres, ce que la contrée possède de plus caractéristique: la mélancolie de ses côtes, alternées de grèves et de récifs, ou de quelque recoin de vallée. " Paul Sébillot est aussi l’auteur de quelques eaux-fortes.

Il fit de la critique d’art au Bien Public, à la Réforme, à l’Art français, à l’Art libre, etc.., et publia en 1878 une étude intitulée La réorganisation des salons, dans laquelle il réclamait plusieurs réformes qui ont été réalisées depuis.

Pendant les longs séjours que son métier de paysagiste lui faisait faire en Bretagne, Paul Sébillot, qui dès 1860, encore au collège, avait recueilli quelques légendes, eut l’idée d’interroger les marins et les paysans, et il ne tarda pas à récolter une abondante moisson.

A l’exemple de Luzel pour la Basse-Bretagne, il parcourut les rues à la rencontre de la parole, lieux convenus où se racontaient les récits merveilleux... en causant. Il allait ainsi à la recherche des histoires de chez nous, attaché à cette terre de bruyère qui tapisse nos landes. Au coeur des légendes de fées des houles, de lutins et autres korrigans il retrouvait le bonheur inégalé d’un moment de rêve et d’oubli. Il s’engagea alors résolument dans la collecte de récits s’efforçant de conserver ces contes populaires tels qu’il les avait entendus. Il transmit, par l’écrit, l’oral de nos anciens avec une rigueur remarquée quand à l’indication des sources. Il prit le temps de figer pour notre histoire commune ce conte bâti dans la superstition ou cet autre forgé au creux de la tradition. Son oeuvre est vaste tellement son envie était insatiable de raconter sa Bretagne. Fanch Postic le surnomme père du folk-lore de France, rappelant ainsi l’étendue de ses travaux.

Paul Sébillot demanda leurs secrets à nos vieilles forêts, à nos monuments. Il recueillit les complaintes des bergères, les récits des paysans gallos des pays de Matignon et d’Ercé, pour nous rapporter ces traditions touchantes venues on ne sait d’où, emportées par le vent des grèves.

En 1875, il fait paraître à la librairie du Suffrage universel une brochure: La République, c’est la tranquillité, qui eut, cette année là, trois éditions de 20000 exemplaires chacune, et fut, pendant le 16 Mai, tirée à grand nombre. Elle fut traduite en Breton par Monsieur F.-M Luzel, et c’est de cette époque que datent les relations entre les deux principaux explorateurs des deux Bretagnes (Basse et Haute) au point de vue légendaires.

En 1877, il fonda la société bretonne-normande, la Pomme, dont il fut président en 1878. Sur son initiative, l’Association commença à publier en 1889, sous le titre de la Pomme, son bulletin mensuel, et en 1894 les deux Annuaires de la Pomme.

En 1881, M. Sébillot fonda avec Charles Leclerc, associé de Maisonneuve, la collection des Littératures populaires de toutes les nations, à laquelle il donna personnellement: La littérature orale de la Haute- Bretagne, in-12 elzévir de pp.XII-400,1881 (7fr.50); c’est dans cet ouvrage que paraît pour la première fois le terme " littérature orale ", qui a souvent été employé depuis, même par les étrangers, pour désigner la partie du Folk- lore qui comprend les contes, les chansons, les devinettes, les proverbes et les formulettes.

En 1882, M. Sébillot fonda avec M.. Loys Brueyre et E. Rolland, le Diner de ma Mère l’Oye, qui fut le premier essai pour réunir ceux qui en France s’occupaient de traditionnisme; c’est à l’un de ces dîners , en décembre 1885, que fut décidée la fondation de la Société des traditions populaires. Deux ans auparavant, M. H.Carnoy, A. Certeux et Paul Sébillot avaient projeté de publier un journal de Folk-lore, pour grouper ceux qui s’occupaient de ces études en France.

A partir de 1886, Paul Sébillot fut secrétaire général de la Société diriga la revue des traditions populaires.

Il fut le secrétaire général du premier Congrès des traditions populaires, tenu à Paris en 1889, mais il ne put assister qu’à la première séance, retenu au lit par une grave indisposition des yeux; il en publia les procès-verbaux sommaires, Imprimerie Nationale, en 1889.

En 1889, il fut nommé chef de Cabinet au Ministère des Travaux Publics et, peu après, il fut chargé, au même Ministère, de la Direction du personnel et du secrétariat, qu’il conserva jusqu’en 1892.

En 1895, il donna sous le titre d’Autobibliographie, in-8° de pp. 16, la liste de ses ouvrages et de ses articles, dont plusieurs furent tirés à part.

Il fit parti de nombreuses sociétés: société des gens de lettres, société de linguistique, société d’anthropologie, société archéologique, société archéologique du Finistère, association des journalistes républicains, société d’ethnographie et d’art national; membre honoraire de la Société finno-ougrienne d’Helsingsfors, société du Folk-lore wallon, Folk-lore Society de Chicago, American Folk-lore Society, Folk-lore Andaluz, Folk-lore Society de Londres, société Suisse des traditions populaires, société des écrivains portugais, etc... Il fut en 1905 Président de la Société d’anthropologie.

Il possèdait une riche bibliothèque de folklore qui dépasse 6000 numéros, ainsi qu’une importante collection d’images populaires et de gravures sur les contes, les jeux et les métiers, ainsi que beaucoup de jouets et d’ustensiles populaires. Une partie de cette dernière collection figura à l’exposition des arts de la femme en 1892, dont il avait organisé la section de Folklore.

A l’exposition du livre en 1894, il envoya une centaine d’images provenant de la France, de la Belgique, de l’Egypte, de l’Indochine et du Japon. Il réunit aussi de curieux spécimens d’anciens meubles de la Haute-Bretagne: armoires sculptées, lits à quenouille, boîtes d’horloges, etc.

Dans ses différentes explorations, Paul Sébillot fut très utilement secondé par Mme Paul Sébillot, soeur de l’économiste Yves Guyot, ancien ministre des travaux publics, née à Dinan en 1855. Elle fit paraître sous son nom une trentaine de chansons dans la revue des traditions populaires.

Il fut membre de la commission des monuments historiques et obtint de nombreuses distinctions, chevalier de la légion d’honneur, officier de l’instruction publique, officier du Sauveur de Grèce, Commandeur du Cambodge et du Dragon de l’Annam, Grand-officier du Nichan-Iftikar.

Il meurt à Paris le 23 avril 1918. Le 23 novembre 1929, Monsieur Sébillot fils, fit connaître au Maire de Dinan son intention de faire don à la ville du buste de son père.

Au congrès de "La Pomme" qui eut lieu en 1931 à Dinan, ce buste fut érigé à l'entrée de la rue qui porte le nom de Paul Sébillot. Cette statue se trouvait sur le petit terre-plein à l'angle de la dite rue et de la rue de Brest. Malheureusement ce buste fut enlevé pendant l'occupation par les allemands.

Peintre apprécié, littérateur fécond, poète simple mais exquis, auteur théâtral, Paul Sébillot trouva son inspiration au tréfonds de l'âme populaire bretonne.

Dans son discours du 26 Avril 1918 au cimetière du Père Lachaise, Monsieur H. Lapaire qualifia son oeuvre de « considérable et précieuse, monument durable comme ces monolithes qui hérissent les landes armoricaines, sain comme l’air iodé qui vient du large ». Il ajouta avec émotion: « fallait-il qu’il aimât sa petite patrie... dans son histoire, dans ses fils, dans ses forêts, dans ses bruyères, dans ses flots capricieux! »

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