Michel Geistdoerfer

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C’est à la suite du décès de son beau-frère, François Rames, en 1927 que Michel Geistdoerfer s’engage dans le combat électoral lors de l’élection cantonale organisée en Juin 1927 et qui lui permet de devenir l’élu du canton de Dinan-Est pour un mandat.

Michel Geistdoerfer est né le 14 Avril 1883 à Dinan d’une famille républicaine et laïque d’origine alsacienne installée dans cette ville depuis 1830. Son grand-oncle créa un brasserie à Léhon qui fut transférée par la suite Rue des Rouairies à Dinan. Lors de ses études de droit à Rennes où il obtient une licence, il prend part alors âgé de 17 ans aux manifestation en faveur de Dreyfus dont le deuxième procès se déroule dans la capitale bretonne au cours des mois de.... 1899. Fondateur de l’Union des Etudiants Républicains, il écrit dans le journal fondé par Charles Pleven, oncle de René Pleven «  Le Petit Bleu de Dinan » ,organe de propagande laïque, démocratique et sociale.

Michel Geistdoerfer quitte Rennes pour Paris et y obtient un diplôme de Sciences Politiques en 1906 ce qui le dirige vers un emploi dans l’administration ; d’abord rédacteur à la Préfecture de la Seine en 1910, puis dans Chef du secrétariat de l’administration chargée des affaires municipales. Imprégné des valeurs socialistes il suit de près l’évolution du mouvement et de son leader. Michel Giestdoerfer est inscrit à la CGT. «  J’ai peu connu, personnellement , Jean Jaurès, mais j’ai beaucoup subi son influence et je m’en félicite. J’aurais pu mettre en manchette de mon journal le principe qu’ il a formulé et appliqué toute sa vie : «  Le Courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles ou aux huées fanatiques ». Réformé, il s’engage néanmoins lors de la guerre 14-18. Il combat d’abord sur le front français .puis il est transféré sur l’Italie . Il en revient avec deux Croix de Guerre, une française, l’autre italienne.

Député en 1929

L’année suivant son succès au Conseil général, il est élu député de la circonscription de Dinan lors des élections législatives de 1929, réélu au premier tour en 1932 , puis de justesse en 1936. Il est candidat aux sénatoriales de 1938 mais subi un échec avec toute la liste Radicale-socialiste ayant pourtant à sa tête deux sénateurs sortants dont le président du Conseil Général, Charles Menier. Il publie dans son propre journal les textes de ses opposants lors de cette campagne qui est l’objet d’une violente polémique au cours de laquelle il est fait référence à son origine alsacienne, à son nom à consonance allemande, à sa propriété sur l’île d’Ouessant, etc. Esprit original et cultivé, curieux de tout, athée, anticlérical pacifiste et patriote, radical-socialiste, favorable au vote des femmes Michel Geistdoerfer est en fait proche des socialistes et des communistes. Il se fait le défenseur à l’Assemblée des marins et des pêcheurs, il est élu président de la commission de la Marine Marchande ainsi que président l’Association des grands ports français. En 1936 la colonie de Saint-Pierre l’élit au Conseil Supérieur de la France d’Outre Mer. Michel Geistdoerfer s’intéressa également aux problèmes cidricoles et intervient souvent en faveur des producteurs de cidre. Maire de Dinan ,en 1929, et réélu lors des élections de 1935 il engage un programme de modernisation de la ville en équipements publics ( écoles, réseau d’assainissement, voirie, etc.) et en constructions à caractère social ( habitations à bon marché, gare, caisse d’épargne, etc.). On lui doit également la réalisation de l’aérodrome, inauguré en 193 ? par Pierre Cot, ministre de l’Air du Front Populaire, ce qui permit l’installation à Dinan des services de la BNCI. Michel Geistdoerfer poursuit la tradition familiale, notamment celle de son grand-oncle , militant et dignitaire de la franc-maçonnerie qui avait créé «  La Sentinelle du Peuple » sous la II° République, journal interdit après le Coup d’Etat de Louis-Napoleon Bonaparte en 1852.

Dinan Républicain

En Mai 1927,il fonde et devient directeur de publication du journal « Dinan Républicain » qui défend les valeurs de la gauche, des réformes sociales, de la République et de la laïcité. Michel Geistdoerfer affirme à de nombreuses reprises son opposition au danger fasciste, à la guerre et aux accords de Munich. Il prend position en faveur de l’Espagne Républicaine et sera favorable à l’intervention . Il se rendra en Espagne en...

Tout au long de sa carrière politique Michel Geistdoerfer sera la cible des multiples campagnes ignobles de la part de ses adversaires qui ne peuvent admettre sa présence à la tête de la ville, du canton, de la circonscription. En 1931 il écrit dans son journal «  En 1927, j’ai été menacé de mort pendant des mois. Je devais être tué comme un chien si je me rendais à telle ou telle réunion politique. Si j’étais élu au Conseil Général je devais être abattu le soir même à coup de revolver. Ces tristes sires n’ont pas encore compris à quel point je méprise tout ce qui vient d’eux... Plus ils m’attaqueront, plus ils me trouveront dressé contre eux pour le bien de ma ville et le service de mon idéal. Car ces pauvres bougres sont incapables de comprendre ce qui dépasse leur basse stupidité et leur sordide égoïsme ». Il est à nouveau menacé de mort par voie de presse en 1940 après l’instauration du régime de Vichy. Ses opposants ont , enfin ! , l’occasion d’assouvir leur désir de vengeance, de haine. Le «  Cri du Peuple » du 29 décembre 1940 n’hésite pas à intituler un article «  Le salopard de Dinan », titre qui à lui seul en dit long sur la haine viscérale dont Michel Geistdoerfer est l’objet à cette époque. Le même journal réclame plusieurs fois l’interdiction de Dinan-Républicain, ce qu’il finira par obtenir.

Lors de l’adoption des accords de Munich qui consacre le démembrement de la Tchécoslovaquie au profit d’Hitler, Michel Geistdoerfer vote par solidarité avec son groupe parlementaire et Edouard Daladier , chef du parti radical-socialiste. Pourtant quelques jours plus tard dans son journal il exprime la certitude que «  l’accord de Munich au lieu de garantir l’avenir, n’a été qu’une grave humiliation pour la France... Nous pouvons aujourd’hui juger le mal... La France ne traite pas d’égale à égal avec l’axe Berlin-Rome. Ce ne sont que des abandons, ce sont de véritables mutilations qu’on lui impose. L’abandon de la Tchécoslovaquie a été une lourde faute ».

La guerre

Absent de Vichy le 10 Juillet 1940, Michel Geistdoerfer ne prend pas part au vote qui permet au Maréchal Pétain de s’attribuer les pleins pouvoirs. Son attitude passée et future permet sans conteste d’ajouter son nom aux 80 parlementaires qui ont refusé la mort de la République.

Alors que les allemands lui demande de désigner des otages pour garantir l’ordre dans la ville, il se désigne lui-même dans la liste avec plusieurs de ses conseillers municipaux. Face à cette position, le commandant allemand supprima les otages et l’informe qu’il sera à l‘avenir seul responsable de la sécurité de la population et des troupes allemandes. «  Je suis un homme absolument indépendant et qui désire avant tout le rester. Je ne suis accessible ni à l’ambition personnelle, ni à l’intérêt. J’agis seulement selon la philosophie que j’ai de la vie. Je suis libre penseur...Mais ce que j’ai toujours été et que je reste : Je suis patriote français » déclare -t-il lors d’une entrevue avec un représentant de la Kommandantur de Dinan en Juin 1940.

Le préfet Feschotte, pétainiste de la première heure, signale dans son rapport du mois du 29 Novembre 1940 que le journal Dinan Républicain de M. Geistdoerfer attaque le gouvernement. La sanction ne va pas tarder, destitué : révoqué au mois de décembre 1940.M. Aubry est nommé maire de Dinan à sa place. Le préfet fait état d’un conflit entre M. Geistdoerfer et le Docteur Godard délégué du Secours National pour justifier cette mise à l’écart. Plusieurs semaines plus tard ( en Mars 1941) le préfet fait à nouveau mention de l’attitude de Journal «  Dinan Républicain » toujours hostile ouvertement au Gouvernement du Maréchal Pétain, sinon à sa personne, continue de multiplier les polémiques d’accent personnel et violent, au point que certains numéros ont été entièrement censurés par les représentants locaux des Autorités d’occupation. ».

La préfecture et la Propagandastafel exige qu’un nouveau rédacteur soit désigné pour assurer la direction du journal. Michel Geistdoerfer refuse et préfère saborder son hebdomadaire. Le nouveau rédacteur proposé pour assumer la direction du journal est un certain Victor Le Faucheux de Planguenoual par ailleurs chargé de créer dans le département une section du Rassemblement National Populaire, parti collaborationniste dirigé par Marcel Déat.

Plusieurs mois plus tard, en avril 1942 , le préfet évoque une nouvelle fois «  le seul parlementaire qui essaie de continuer à affirmer son influence et son opposition au gouvernement sous des formes naturellement détournées, qui n’a jamais admis sa révocation de maire de Dinan et dont l’action s’emploie surtout à Paris, dans des milieux où il possède de nombreuses relations ».

La Résistance

Michel Geistdoerfer s’engage dans la Résistance et en particulier au sein du mouvement Organisation Civile et Militaire. L’abbé Barré, membre de l’OCM et du réseau de renseignements Centurie assure la liaison entre Michel Geistdoerfer à Paris et Dinan.

Après sa révocation l’arrêt de la publication de son journal Michel Geistdoerfer s’éloigne de Dinan temporairement et habite à Paris où il possède un appartement. Soumis à une surveillance policière continue, il reçoit néanmoins chez lui des membres éminents de la résistance en vue de la création du CDL et de la mise en place des institutions nouvelles dès la libération. Le Gorgeu, futur Commissaire de la République lui propose de devenir à la Libération le préfet des Côtes du Nord. Il refuse préférant se consacrer une nouvelle fois à la ville de Dinan. Dans le cadre de la mise en place du futur CDL, une place est réservée à l’organisation O.C.M, C’est ainsi qu’il devient membre du CDL clandestin dès sa création au début de l’année 1944 bien qu’il n’ait pas siégé pendant la clandestinité. Il y prend place après la Libération , le 22 Août, âgé de plus de 60 ans et d’une santé fragile, puis devient membre de la délégation spéciale de Dinan. Dès la Libération de la ville, des FFI l’empêche de pénétrer dans la Mairie. Il faudra l’intervention du préfet et d’Henri Avril pour que la situation se calme.

La Libération

Une campagne est à nouveau lancée contre lui et son journal. Cependant lors de la réunion du CDL du 3 Novembre 1944, il est précisé que « Le président Avril a constitué un dossier sur l’attitude de M. Geitsdoerfer pendant l’Occupation. Celui ci déclare qu’il n’a jamais collaboré au journal La Gerbe. En 1940 ,il a seulement préconisé l’exportation de pommes à cidre vers l’Allemagne compte-tenu de l’abondance de la récolte. Il a ensuite été révoqué par Vichy, écrit des articles dans le journal Dinan Républicain en 1940 et 1941 émanant d’un journaliste d’opposition au gouvernement de Vichy et tout à l’ honneur de M. Geitsdoerfer. L’enquête à l’encontre de ce membre du C.D.L. est arrêtée et les suspicions contre Dinan Républicain sont levées. » Michel Geistdoerfer reprend la publication de son journal sans attendre les autorisations nécessaires. Il paraît maintenant sous le nom du Républicain de Dinan et tire à .... exemplaires. Il obtient l’autorisation définitive seulement en ... Il en sera le rédacteur jusqu’au début des années 60 ( Le titre change en ... pour devenir Le Républicain des Côtes du Nord). A la suite des propositions tendant à compléter le conseil municipal de Dinan le C.D.L est amené à enregistrer la protestation de M. Geistdoerfer , Maire de Dinan et membre du comité, qui accepte le principe de l’adjonction de sept membres destiné à assurer l’effectif légal du CM de la ville mais conteste la procédure suivie pour cette désignation.L’O.C.M proteste également contre les conditions dans lesquelles sont intervenues les nominations. L’assemblée regrette d’avoir à constater une fois de plus le désaccord permanent existant entre les divers mouvements de résistance de Dinan. Elle demande, dans ces conditions, la constitution immédiate d’un comité local regroupant deux délégués régulièrement mandatés des partis et mouvements résistants , à savoir le F.N ; le M.L.N, l’O.C.M, Libé- Nord, la C.G.T, L’U.F.F, les F.U.J.P, la S.F.I.O et le P.C.F.Le C.D.L s’engage à proposer avant le 6 Mars au préfet la liste des sept personnes désignées par le comité susmentionné. En attendant il prie le préfet de surseoir son arrêté du 21 février.

En avril 1945 , devant le CDL M. Geistdoerfer déplore le manque d’énergie des agents qualifiés pour réprimer le marché noir et sanctionner les personnes procédant à des abattages clandestins. Personnellement il a signalé à différentes reprises les locaux où s’effectuaient ces abattages, cela n’a provoqué ni perquisition ni sanction.

Les élections municipales de 1945 à Dinan

Aux élections municipales de 1945 deux listes se réclamant de la Résistance se présentent aux suffrages des électeurs dinanais. Le Patriote des Côtes du Nord , journal du Front National publie dans son édition du 28 Avril 1945 un communiqué de la liste d’Union Républicaine des mouvements de Résistance MLN , FN et UFF qui critique à mots couverts la gestion de Michel Geistdoerfer et ses choix des priorités en matière d’équipements communaux. L’article s’achève en appelant les électeurs à voter « contre celui qui, de tout temps, a fait du sectarisme sa plate-forme électorale et imposé à sa ville qu’il doit aimer l’autocratie de son administration. » Michel Geistdoerfer se présente à la tête d’une liste de gauche en face de la liste de la Résistance qui arrive en première position. Il ne retrouve pas son siège de maire suite à une situation qui laissera des traces longtemps dans le paysage politique dinanais.Lors de la réunion du CDL du 27 Juillet 1945 la situation à Dinan est évoquée en ces termes quand il s’agit de recevoir M. Pléven pour l’anniversaire de la Libération de la Ville en Août 1945 : « La situation à Dinan est extrêmement compliquée du fait de l’attitude politique de M. Geistdoerfer qui s’oppose violemment à la municipalité. La thèse de M. Geistdoerfer est la suivante : la municipalité de Dinan a triomphé aux dernières élections grâce à une coalition de 2 400 voix de droite et de 500 voix de gauche, tandis que 2 500 voix de gauche sont restées fidèles à M. Geistdoerfer. Ce dernier considère donc la municipalité comme de droite et non comme une municipalité d’union républicaine et résistante. En outre, le Maire actuel faisait partie de la municipalité qui à deux reprises a voté des motions élogieuses au gouvernement de Vichy. Si donc M. Pleven vient à Dinan en qualité d’invité de la municipalité, M. Geistdoerfer le considérera comme un ministre de la droite et fera immédiatement et tous les jours campagne contre lui. La thèse de M. le Maire de Dinan ( ) est tout autre . Il ne nie pas avoir fait partie de la municipalité de Dinan durant l’occupation ( désignée par le régime de Vichy). Il ajoute d’autre part qu’il n’est pas un homme politique, qu’il ne tient pas essentiellement à rester à la tête de la municipalité de Dinan . Il a fait bloc aux élections contre M. Geitsdoerfer. La vérité oblige à dire en effet que la coalition qui s’est faite à Dinan contre M. Geistsdoerfer était dirigée contre l’homme et non contre le politicien En raison de son caractère « irascible » M. Geistdoerfer s’aliène beaucoup de sympathies et bon nombre de ses adversaires reconnaissent sa valeur en tant qu’administrateur bien que ne pouvant le souffrir »( ).

Dans le cadre de la recomposition du Conseil Général Michel Geistdoerfer se voit proposer un poste de conseiller général sur le canton de Dinan-Est.. Il s’efforce de réactiver dans le département le parti radical-socialiste qui demeure une grande force électorale ( 72 000 voix aux cantonales ) mais avec peu de militants sauf dans le pays de Dinan. Il est battu lors des élections cantonales du mois d’octobre 1945 distancé dès le premier tour par le candidat communiste Edouard Forget qui est élu au second tour . Pourtant son parti conserve 17 sièges et obtient la présidence de l’assemblée départementale.

Michel Geistdoerfer entre en conflit/dissidence contre la personne de M. Pleven qui s’installe progressivement dans le paysage politique du pays de Dinan et qui va capter une partie de l’électorat modéré. Il tente à nouveau ses chances sur le plan électoral mais il échoue aux élections législatives de 1951 sur une liste de centre gauche qui n’obtient que 4 % des voix. Lors des élections cantonales d’octobre 1951 il soutient la candidature du communiste Fauvel, maire de Saint-Solen dans le canton de Dinan-Est où lui -même avait été élu en 1927 en se félicitant que le canton puisse être représenté par un républicain et un laïc. En 1958 il s’oppose, alors âgé de 75 ans, à la mise en place du pouvoir gaulliste qui débouche sur la Cinquième République. Il préside un meeting à Dinan dans le cadre de la campagne référendaire de septembre 1958 organisé par le PCF qui appelle à voter « non » et à l’union des forces républicaines.

Outre ses activités politiques, Michel Geistdoerfer a aussi laissé le souvenir d’un homme de lettres et quelques ouvrages dont «  Images Ouessantines », «  L’Amour tel qu’on le parle » ,une comédie «  Dans le taureau de Phalaris » , un roman « Ninkinou ». Après une vie politique bien remplie au service de la République , médaillé de la Résistance, il s’éteint à Paris le 22 Avril 1964.