Madeleine Bello

De www.wikiarmor.net

Madeleine Bello est née le 13 février 1913 à Plounévez-Moédec, dont son frère Jean Baptiste Le Corre devint en 1935 maire communiste de Plounevez-Moédec, seule commune des Côtes du Nord ayant un maire appartenant au PCF avant la guerre. Il est suspendu de ses fonctions en novembre 1939 suite au pacte germano-soviétique et à l’interdiction du parti par le gouvernement de Daladier. Il est arrêté en Septembre 1942 et meurt au camp de concentration de Neuengamme en mars 1945. Son autre frère, Louis Le Corre sera également déporté.

Avant la guerre Madeleine Bello héberge chez elle une famille de républicains espagnols (un couple et des enfants) dans le grenier de la maison. Ceux-ci doivent quitter la Bretagne au début des hostilités. Jugés indésirables, les espagnols sont dirigés vers des camps dans le sud de la France conformément aux instructions du Ministre Sarrault en date du 19 Septembre 1939.

L'Union des Femmes Françaises

Fonctionnaire communale, elle est adhérente au Syndicat des Employés et Ouvriers Communaux des Côtes du Nord en 1936. Pendant l’Occupation, alors qu’elle est secrétaire de mairie à Plounérin, elle est contactée en Avril 1942 par une femme de Brest, Mme Mery, ce qui l’amène à adhérer à l’Union des Femmes Françaises et au Front National. Elle est chargée de créer dans son secteurs des comités de ces deux organisations et de collecter vivres, tabac, tickets d’alimentation, médicaments pour les F.T.P. Par la suite elle est en contact avec Andrieux, responsable des F.T.P, Jean Devienne, responsable du Front National et des responsables départementales de l’U.F.F. Yvette Dissoubay et Aline Samson. Ainsi que Louis Picard, responsable du P.C.F clandestin. Elle devient la responsable de l’Union des Femmes Françaises, une organisation proche du Front National et du Parti Communiste. Sous le nom de Camille, elle aide les militantes de l’UFF qui sillonnent le département pour diffuser la propagande du mouvement. Elle est notamment en relation avec Yvonne Dissouray, qui est planquée chez Camille régulièrement. Yvonne est une enseignante de Rouen arrêtée en Janvier 1943, qui une fois relâchée reprend ses activités de résistante dans les Côtes du Nord et devient responsable de l’UFF. Yvonne est également en contacts étroits avec la direction du PCF clandestin et François, responsable du Front National.

Sa maison sert de planque et de lieu de rendez-vous à partir de 1943 entre les responsables des F.T.P, celles de l’U.F.F. Elle cache chez elle une ronéo, un duplicateur, une machine à écrire dans son grenier pour la reproduction de tracts, de rapports, etc. Les réunions du F.N Jeunesse et des Femmes se faisaient à son domicile. Elle cache chez elle un responsable F.T.P du Finistère (Albert Jaouen, ancien interné de Châteaubriant). Elle assure le ravitaillement d’un groupe de F.T.P qui deviendra le Bataillon Georges Le Du.

Du fait de ses fonctions, secrétaire de mairie à Plounérin, Madeleine Bello a la possibilité d’établir de faux documents administratifs indispensables aux résistants et aux réfractaires au S.T.O. Elle réussit à établir près d’un millier de fausses cartes (887 pour être exact) pour tout le secteur, débordant même dans le Finistère voisin. Elle faisait rédiger la carte par le réfractaire lui-même du fait que son écriture était aisément reconnaissable puisque figurant sur tous les courriers de la mairie.

En juin 1944, malade elle est arrêtée par la Felgendarmerie de Plouaret à son domicile en présence de deux autres militantes de l’UFF qui ne sont pas inquiétées. Elle est accusée d’avoir établi une fausse carte à un jeune qui devait partir en Allemagne et qui l’a dénoncée. A la Feldgendarmerie elle gifle son accusateur qui se rétracte. Elle est libérée après avoir déclaré que la mairie avait été cambriolée par des résistants et que des tampons officiels avaient été volés. Elle est relâchée et peut rentrer chez elle à pied. Pour des raisons de sécurité elle entre dans la clandestinité totale et se cache dans le sud du département, du côté de Saint -Gilles Vieux Marché. Elle doit confier son fils à des amis de Plounérin, elle ne le reverra qu’à la Libération. Près de Saint-Nicolas du Pélem, Camille continue le combat auprès de l’Etat-major des F.T.P et de Jean Le Jeune en assurant des liaisons vers Rennes ; Lannion, etc. En Juillet 1944, Madeleine Bello est nommée secrétaire générale de l’U.F.F jusqu’au mois de Juillet 1945.

Au Comité Départemental de la Libération

Elle entre au C.D.L. au cours du mois de Novembre 1944 au titre de représentante de l’U.F.F et de femme de prisonnier de guerre. Ainsi le comité compte 18 membres. Au sein du CDL M. Bello se fait régulièrement l’écho des problèmes rencontrés par les femmes des prisonniers et déportés ainsi que des démineurs tués après la Libération.

Elle est désignée avec Mme Halna du Fretay pour faire partie du Comité Départemental de Solidarité destiné à secourir les familles des victimes de la répression allemande dans le département. Quand le Secours de Guerre américain donne 10 millions de francs à la C.G.T française, pour les familles de fusillés et déportés politiques, Mme Bello et M. Bescont sont désignés pour faire partie du comité chargé de la répartition.

Madeleine Bello, Camille, siège également au Comité Directeur du Front National jusqu'à sa dissolution. Mme Bello attire l’attention de ses collègues du CDL le 16 Janvier 1945 sur la situation des familles des victimes des opérations de déminage. Aucun secours, ni aucune assurance n’ont été prévus à leur endroit. Le C.D.L décide de signaler cet état de chose au gouvernement.

Le 20 Février 1945, elle informe les membres du CDL qu’il est envisagé de créer dans le département une Maison de l’Enfance destinée à accueillir les enfants déficients des fusillés et déportés de la région parisienne. Le Président Avril répond que le C.D.L serait heureux de patronner une telle œuvre. Lors de la réunion du CDL du 23 mars 1945 Mme Bello demande que l’œuvre de la Maison de l’Enfance soit reconnue d’utilité publique, ce qui permettrait d’obtenir des subventions auprès des pouvoirs publics et souhaite qu’elle commence à fonctionner dans un château réquisitionné à cet effet, en attendant de connaître la décision du gouvernement. Ce type de maison a déjà été réalisé dans huit départements.

La responsable de l’UFF signale le 9 mars 1945 devant le CDL que l’hébergement des réfugiés polonais au Séminaire de Saint-Brieuc est assuré dans des conditions d’hygiène et de confort qui laisse à désirer. Dans certaines salles, par suite de manque de paille, des femmes et des enfants coucheraient à même le plancher. D’autre part , lors de l’arrivée des intéressés à Saint-Brieuc, l’organisme officiel chargé de les recevoir s’est trouvé débordé et sans l’aide apportée par l’UFF qui a fourni huit cents sandwichs, les réfugiés n’auraient bénéficié que d’un très maigre repas. Mme Bello rapporte également l’accueil réservé, il y deux mois, à un prisonnier de guerre français libéré qui s’est vu refuser toute assistance matérielle et morale au foyer de la gare pourtant spécialement aménagé pour le retour des prisonniers. L’intéressé a dû recourir à la bienfaisance d’un particulier qui s’est offert à le recueillir et à l’entourer des soins nécessaires.

En Juillet 1945 elle participe aux Etats généraux de la Renaissance Française. Au mois d’août 1945, Mme Bello appelle l’attention des membres du C.D.L sur la situation critique des mères de famille qui se heurtent à des difficultés insurmontables pour vêtir et chausser les enfants. Le C.D.L émet le voeu tendant à ce que qu’il soit fait un recensement des stocks de vêtements et chaussures existants dans le département au moyen de perquisitions et à ce que ces stocks soient réparties avec justice à ceux qui en ont le plus besoin.

En septembre 1945, elle souhaite que la toile qui servait à la défense passive dans les établissements publics soit récupérée afin de confectionner des tabliers aux enfants. Le Préfet a donné toutes instructions utiles à M. L’Architecte départemental à cette fin.

Son mari, fait prisonnier de guerre en 1940 en Belgique, est libéré au printemps 1945 après cinq ans de Stalag. Madeleine Bello milite également au sein du PCF, ses camarades la désignent au comité fédéral lors du congrès départemental du parti qui se tient en mars 1946 à Guingamp. Par la suite elle eut une activité militante plus réduite en raison de sa santé fragile. Madeleine Bello prit ses distances avec le PCF notamment lors de l’intervention soviétique en Hongrie en 1956. Elle est décédée le 30 Novembre 1983 à Plounévez- Moédec.