Jules Chéruel

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Ecrirai-je jamais l’histoire de l’abbé Renaud ? (Chéruel selon la note en bas de page). Là, si je ne l’ai fait encore, c’est que l’abbé me l’a lui même interdit. J’aurais dû passer outre, quitte à laisser le manuscrit dans mes papiers ? Un écrivain n’est pas tenu de publier tout ce qu’il écrit. ( )

Né à Dinan le 17 octobre 1908 Jules Chéruel fut ordonné prêtre le 12 Juillet 1931 après avoir suivi des études aux Cordeliers de Dinan. Etudiant à l’Institut Catholique de Paris avant et après son ordination. Il fut par la suite professeur à l’ Ecole des Cordeliers de Dinan à partir du mois d’août 1934, puis professeur à l’Ecole Saint-Martin de Pontoise. En 1937, en novembre il est nommé au poste de vicaire de la cathédrale de Saint-Brieuc puis Professeur de philosophie et aumônier au collège de la Providence de Saint-Brieuc. Avant guerre il faisait partie d’un petit groupe qui gravitait autour de Louis Guilloux et qui se réunissait plus ou moins régulièrement pour discuter ensemble. L’abbé Chéruel ne respectait pas la hiérarchie catholique, il était en querelle constante avec l’Eglise. Il avait son franc-parler, comme Auguste Le Coent. Il n’était pas de droite, c’était un prêtre progressiste plutôt proche de Témoignage Chrétien.

Dans la clandestinité

Petit homme maigre, dont on remarque tout de suite le menton volontaire, l’abbé Chéruel possède une intelligence vive et une vaste culture :diplômé des langues orientales en 1934, cet esprit brillant est doté d’une forte personnalité. Original, anticonformiste ; brouillon il n’est guère diplomate ni réaliste et a vite fait de bousculer les habitudes. Ses convictions philosophiques ainsi que son caractère indépendant l’ont naturellement amené à combattre le nazisme et à s’opposer à la hiérarchie catholique ( ).Patriote convaincu, membre du mouvement Défense de la France., il joue un rôle important de coordination des mouvements de résistance au plan départemental et régional qui aboutit à la mise en place des CDL Bretons. L’un de vos principaux mérites est d’avoir songé à coordonner les mouvements de résistance en créant spontanément un Comité départemental de coordination qui rendit les plus grands services , Secrétaire du CDL clandestin il organise les premières réunions à son domicile à Saint-Brieuc, 18 Rue Charbonnerie. En mars 1944, traqué par la police allemande l’Abbé Chéruel prend le chemin de la clandestinité totale pendant cinq mois sous le nom de l’abbé Renaud. Il organise plusieurs réunions chez lui. Il est chargé de prendre contact avec Henri Avril afin de lui proposer la présidence du CDL des Côtes du Nord. Quelques semaines plus tard il doit se mettre au vert suite à quelques indiscrétions mentionnant la présence d’ecclésiastiques dans les instances dirigeantes de la Résistance. L’Abbé Chéruel est en contact avec François Tanguy-Prigent afin de coordonner la résistance bretonne, ainsi qu’avec Charles - Louis Closon, chargé de la mise en place des CDL. Il assure la liaison avec le CNR ET LES CDL bretons qu’il réorganise après la vague d’arrestations du printemps 1944. Il est également en contact avec Le Gorgeu et la délégation du Général de Gaulle à paris afin d’examiner les modalités de mise en place de la nouvelle administration. Il revient de temps en temps à Saint-Brieuc clandestinement. Il fait partie du noyau actif du CDL clandestin avec un poste de secrétariat. Il est remplacé quelques semaines par l’Abbé Fleury au sein du CDL avant la Libération.

La Voix de l'Ouest

Jules Chéruel dirige à partir d’octobre 1944 un journal catholique La Voix de l’Ouest, journal qui est autorisé à paraître dans le cadre de la réorganisation de la presse régionale. La Voix de l’Ouest paraît dès le 18 Septembre à Rennes sur les presses d’un journal mis sous séquestres (Le Nouvelliste de Bretagne). Ce journal est lancé par une équipe de catholiques résistants dont l’abbé Chéruel. Le journal diffusé sur tout l’Ouest de la France atteignit un tirage de 70 000 exemplaires au milieu de l’année 1945 et diffuse ..... numéros par mois dans le département des Côtes du Nord. Il sera le porte-parole des milieux chrétiens démocrates proches du M.R.P. Le journal cesse de paraître le 30 Mai 1947 sous ce nom, il devient Les Nouvelles de Bretagne et du Maine qui paraîtra jusque 1955.

Lors de la réunion du CDL du 3 Novembre 1944, une nouvelle fois, l’attitude de Mgr Serrand est évoquée. Il était présent à la procession de la Toussaint et au service funèbre à la mémoire des combattants alliés. Le C.D.L. s’émeut une nouvelle fois de la rupture de l’accord intervenu aux premières semaines de la Libération. Il demande d’observer la plus grande discrétion jusqu'à ce que le Gouvernement ait statué sur son cas comme celui des autres évêques compromis au titre de la Collaboration. Le CDL charge l’abbé Chéruel de faire une double démarche auprès de Mgr Serrand et de Mgr Roques, Archevêque de Rennes pour respecter l’accord et éviter d’aggraver la situation.

Après la victoire du 8 Mai 1945, L’abbé Chéruel est chargé par le C.D.L de procéder à une enquête ecclésiastique concernant l’attitude d’une religieuse de la Communauté de Créhen qui a invité les élèves à se joindre à elle afin de réciter un «  De Profundis » pour le repos de l’âme d’Hitler. D’autre part la supérieure de ce pensionnat a refusé à deux de ses élèves le congé prévu pour la Victoire. Ces jeunes filles, qui d’autorité ont pris congé, n’ont pas été admises à rentrer à l’Etablissement. Ces deux faits d’esprit antipatriotique appellent des éclaircissements.

Lors de la réunion du CDL du 15 mai 1945, à propos des élections, M. Barré critique l’attitude de l’ Abbé Chéruel pendant la campagne électorale. Avec lui la majorité du C.D.L reproche à l’Abbé d’avoir rompu l’harmonie qui avait toujours régné au Comité depuis la Libération et d’avoir pris une position politique incompatible avec les directives du CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE. En effet, M. Chéruel conseillait nettement aux catholiques de voter seulement pour leurs coreligionnaires de la liste commune de la Résistance. Il traçait ainsi aux Résistants catholiques une ligne de conduite bien différente de celle observée par la majorité des résistants de Gauche qui ont fait preuve de loyauté et de discipline. L‘abbé Chéruel répond qu’il n’a écrit cet article qu’en réponse au discours de M. Cogniot, prononcé à l’Assemblée Consultative et dans lequel était agitée la question de l’Enseignement. Le président Avril déplore que l’abbé Chéruel ait transporté sur le plan départemental un problème dont la solution ne peut intervenir que sur le plan national. Il regrette cette recrudescence du sectarisme des catholiques. Comme tous les membres du C.D.L il avait espéré que l’amitié qui les unissait pendant la clandestinité survivrait aux divergences politiques au jour de la Victoire. L ‘ Abbé Chéruel est également un des fondateurs de l’ARC dont il assuma la vice -présidence. L’abbé Chéruel exerce ensuite les fonctions aumônier du lycée de Saint-Brieuc à partir de 1951, devient chancelier de l’Evêché de Monaco en 1953.Union des Oeuvres à Paris en 1956 , aumônier des Religieuses Augustines de Gouarec en Août 1969. L’abbé décède le 20 Avril 1978 dans sa 70 ° année.

« Il fut l’un des premiers à se rendre compte que le drame de l’Occupation allemande appelait une résistance spirituelle, plus nécessaire encore que la résistance politique. Bien entendu l’une ne pouvait être entièrement séparée de l’autre et l’abbé Chéruel était bien armé pour saisir leurs interférences subtiles, parfois périlleuses. On sait le courage qu’il montra dans ces années noires, comment il fut à la Libération l’un de ceux qui sauvèrent l’honneur de l’Eglise en ce pays... » déclare l’abbé Henri Bars lors des obsèques de l’Abbé Chéruel en la cathédrale de Saint-Brieuc. Décoré de la Crois de Chevalier de la Légion d’honneur en 1951, sept ans après avoir été proposé par Le Gorgeu et Henri Avril...