Jean Devienne

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( dit Francois) dans la clandestinité


« Mieux qu’aucun d’entre nous il connaissait ce département dans tous ces recoins, et n’eut été son léger accent nordique, on l’aurait volontiers adopté comme un enfant du pays ( ) ». En effet, Jean Devienne est originaire du Pas de Calais , né le 16 Octobre 1911 à Montigny en Gohelle . Il est le deuxième enfant d’une famille de dix, dont deux mourront prématurément. Son père est instituteur et secrétaire de Mairie à Coquelles à quelques kilomètres de Calais, ses grands -parents habitent dans cette ville ; le grand-père est également un ancien directeur d’école retraité. Jean Devienne est un adolescent espiègle, frondeur, il s’intéresse à la presse de gauche. Son grand-père, en homme âgé, digne, pondéré, genre républicain laïc du XIX° Siècle lui disait «  Tu lis du vitriol ! ». Il obtient son brevet élémentaire en 1929 et se destine à une carrière dans l’enseignement, en réussissant son certificat d’aptitude pédagogique en 1935. Instituteur auxiliaire en Novembre 1931 , il est affecté pour de courtes périodes dans diverses écoles de son département jusqu'à sa nomination comme stagiaire puis titulaire. Il est nommé instituteur de l’école de la rue de Constantine à Calais en octobre 1935 puis à celle de la Rue Chateaubriand en octobre 1936 poste auquel il est affecté administrativement jusqu’en octobre 1945. Jean Devienne est un fervent syndicaliste et un laïc bon teint. Il assiste aux réunions du syndicat des instituteurs, le SNI, qui se tenaient le jeudi, en alternance avec son épouse car il faut s’occuper des enfants. Il n’eut pas de responsabilités particulières au sein du syndicat, il était encore jeune instituteur à cette époque. Adhérent et militant à la S.F.I.O, en assumant les responsabilités de secrétaire régional des Jeunesses socialistes et membre du Parti Socialiste à partir de 1932,il organise des réunions dans les petites communes avoisinantes de Calais. Il s’implique également au sein du mouvement des Auberges de Jeunesse, avec des camarades socialistes, ainsi qu’à la chorale ouvrière. Sympathisant de la Ligue des Droits de l’Homme, il est un des responsables d’un groupe pacifiste qui organise un spectacle au théâtre municipal «  Jaurès contre la guerre ».Militant socialiste Jean Devienne côtoie quotidiennement des communistes avec lesquels il a de bonnes relations, c’est l’époque de l’unité d’action et du Front Populaire, notamment au Centre de Loisirs au sein duquel une chorale, une troupe de théâtre déploient des activités vers les jeunes et la population .Le dimanche matin lors des campagnes , Jean Devienne n’hésitait pas , bien sûr, à aller vendre à la criée le journal de la SFIO, Le Populaire, et l’Eglantine, le petit journal socialiste local.Outre toutes ces activités, Jean Devienne responsable d’un groupe de « La Libre Pensée » est en relation avec le responsable national André Larulot. Durant la guerre il garde le contact avec celui-ci, lui envoyant de temps en temps un colis.

Il effectue son service militaire d’octobre 1932 à Octobre 1933 au 110° Régiment d’Infanterie. Classé dans le service auxiliaire par la commission de réforme de Dunkerque le 1° Décembre 1932, il est nommé soldat de première classe le 1°Mai 1933, quelques mois avant de se marier en Août 1934 avec une institutrice qui lui donnera deux enfants, Karl et Frantz. Ce choix des prénoms n’était du goût de tout le monde...

Des réfugiés espagnols sont hébergés près de chez lui ( le camp Jules Ferry) ; comme beaucoup de militants de la SFIO il allait soutenir les réfugiés, même s’il n’a pas eu de responsabilités particulières, simple témoignage d’une solidarité, de la fraternité entre les républicains , les socialistes ...

Si l’on devait résumer la vie de Jean Devienne avant la guerre, voici les mots qui donnent une idée de sa personnalité «  Gauche, Pacifiste, Libre pensée, Front Populaire, Léon Blum, congés payés, chorale ouvrière, Centre de loisirs »( ). Il reste à ajouter le mot Résistance.

Vient la guerre, il est mobilisé le 26 Août 1939 et rejoint son corps le 27, affecté à la 28 ° compagnie de passage en subsistance au bataillon régional en octobre 1939.Il est ensuite dirigé vers la Division d’Infanterie n° 11 à Guingamp où il gère la subsistance et est chargé des contrôles du 511 ° B.R . Il rejoint la Division en mars 1940 et est fait prisonnier le 18 Juin 1940 ,puis il s’évade du camp d’Amiens en Septembre 1940. Jean Devienne est ensuite démobilisé le 24 Septembre 1940 par le Centre de Démobilisation de Paris- Exelmans .Il reste en contact avec son épouse à laquelle il apprend qu’il s’est évadé et qu’il doit se cacher.

XAVIER

Pendant l’Occupation Jean Devienne se réfugie dans le département des Côtes du Nord comme beaucoup de personnes originaires du nord et de l’est de la France. Il s’installe dans la région de Guingamp ville qu’il connaissait un peu à la suite de sa mobilisation en 1939. Il y retrouve des personnes qu’il a connues au sein des A .J notamment deux institutrices Melle Simone Le Roy , de Mael Pestivien, et Jeanne Mahé de Plourhan.

Après avoir passé quelques temps à Mael-Pestivien, il trouve refuge à Plourhan chez un instituteur, M. Lucien David. En 1942 il est hébergé chez des personnes originaires du Nord comme lui ( M . Evrard ) à Guingamp dans le quartier de Kergoz, ainsi qu’à Pordic. Il séjourne également dans des fermes , donne un coup de main aux moissons.( Cf. la photo prise en Août 1941 à Saint-Adrien lors d’un battage ).

C’est vers la fin de l’année 1941, début 1942 qu’il entre en contact avec le Parti Communiste clandestin et en particulier Louis Pichouron. Il commence à organiser le Front National dès le début de l’année 1942, puis il est nommé à la tête du Front National pour le département au début 1943. Louis Pichouron dans ses mémoires relate les conditions de cette nomination réalisée suite à la sollicitation d’un chef national du FN qui lui demande de trouver un chef départemental. Pichouron en contact avec André Cavalan lui propose un instituteur, Jean Devienne qui devient sous le pseudonyme de Xavier, responsable départemental du FN des Côtes du Nord. Il installe son poste de commandement à Guingamp vers le milieu de l’année 1943 et supervise avec le concours de responsables du P.C.F clandestin les premières actions des F.T.P contre les Allemands et les collaborateurs. Georges Voisin syndicaliste et créateur de la colonie des « Ptis Gars » de Bréhec est un des responsables du FN sur la ville. FRANCOIS

Avec son équipe restreinte , Jean Devienne, qui a changé de pseudonyme en devenant François, va sillonner tout le département pour créer des comités du Front National. Des équipes de cinq à six personnes responsables d’un secteur qui ensuite recrutent autour d’eux, diffusent les tracts et les journaux de F.N. dans lesquels figurent les mots d’ordre et les instructions. Le F.N se charge également à partir du printemps 1943 de trouver des fermes pour héberger des réfractaires du S.T.O.

Il a plusieurs agents de liaison à son service, et plus particulièrement des jeunes filles dont Simone Le Roy et Christiane ( Marie Le Bihan ) à laquelle il confiait les missions de confiance et qui lui permet notamment d’être en contact avec Henri Avril à Lamballe et les principaux membres du C.D.L clandestin.

Son adjoint est Adolphe Le Trocquer «  Raoul » un instituteur de Pludual, membre du P.C.F clandestin. Mais son homme de confiance s’appelle Marcel , un guingampais réfractaire qui a quitté le chantier de l’Organisation Todt de Quéven près de Lorient où il travaille avec un groupe de jeunes hommes de Guingamp regroupés dans un camp. Lors du mariage d’un ami à Guingamp au début de l’année 1943 , Marcel rencontre François qui était également présent à la noce. Ils discutent, puis Marcel repart à Quéven. Trois jours après il est de retour à Guingamp et reprend contact avec François. Ils se donnent rendez-vous chez un gars qui tenait une boucherie et un café , rue Montbareil (M. Fégard) . Jean Devienne logeait là. Il demande à Marcel de s’occuper des jeunes afin de les empêcher de partir au S.T.O. Pour cela il réalise des photos pour les mettre sur de faux-papiers pour les réfractaires, vole des tampons dans les mairies. Des timbres fiscaux étaient donnés par un type de Lézardrieux qui avait le filon pour s’en procurer à pas cher !

Marcel devient ainsi le bras droit de François qui lui demande d’aller à des rendez-vous à sa place. Ainsi à Rennes afin de prendre contact avec une organisation qui répartissait de l’argent entre les mouvements de Résistance, Le Service National Maquis dirigé par Henri Bouret qui deviendra ensuite député MRP des Côtes du Nord à la Libération. En tant que clandestin Marcel touchait 200 francs par moi. Les résistants recevaient également de l’argent lors des parachutages. Il y avait toujours dans un conteneur (bien identifié par les responsables) une valise avec des billets de banque, pas des sommes énormes mais de quoi tenir jusqu’au prochain.Marcel rencontre Adolphe Vallée, le chef de l’Armée Secrète à Saint-Brieuc, le Chef de l’Armée Secrète à la demande de Jean Devienne et pour essayer de coordonner les forces armées. La rencontre confirmât l’attitude attentiste de l’A.S. Tout était prêt, organisé pour le jour J.Il assure notamment les liaisons avec Bernard responsable des F.U.J.P.( ). Mireille Chrisostome , agent de liaison du Front National à partir du débarquement est arrêtée et torturée par les nazis en Juillet 1944 . Son corps est retrouvé à la Libération dans la fosse commune de la Foret de l’Hermitage l’Orge avec une cinquantaine d’autres martyres de la répression nazie.Les rendez-vous ont lieu dans des cafés même ceux fréquentés par les Allemands, ainsi le Café du Vally à Guingamp, où se déroule le premier contact avec Joseph Darsel qui devient en 1943 un des responsables du F.N ( membre du triangle départemental ) avant de rejoindre quelques mois plus tard l’Armée Secrète et le N.A.P.

En relation continue avec Louis Pichouron, responsable du FN qui organise le mouvement dans le Sud- Ouest du département, Jean Devienne trouve une planque pour son camarade , traqué par la police de Vichy chez Mme Josse à Saint-Jean- Grâces près de Guingamp. Jean Devienne permet à Pichouron de reprendre contact avec les responsables de l’organisation. C’est encore par l’intermédiaire de Jean Devienne que Pichouron a des nouvelles de son épouse arrêtée et qui fut libérée quelques jours plus tard par un juge qui sera déporté par la suite. Le Patriote des Côtes du Nord

Jean Devienne développe une propagande soutenue par la diffusion de «  France d’abord » organe national des FTP et de tracts imprimés à partir de février 1943 appelant les jeunes à refuser le S.T.O, les agriculteurs les réquisitions,les enseignants l’idéologie de Vichy . En juillet 1943 il prend l’initiative de lancer un journal dont il est le principal rédacteur, La France Combattante des Côtes du Nord ( deux numéros en 1943) , puis il décide de changer le nom en Le Patriote des Côtes Du Nord . Le tirage est d’abord limité à 1500 exemplaire et atteindra plusieurs milliers en 1944 ( plus de 10 000 déclare le Patriote dans son numéro 12 de novembre 1944). Jean Devienne indique que c’est grâce à son ami Pascal de Plestin les Grèves qu’il eut la bonne fortune de dénicher l’oiseau rare, c’est à dire l’imprimeur qui accepterait de risquer sa vie pour doter le Front National d’un journal clandestin. «  C’est à Morelles, au pied des interminables escaliers de pierre qu’il nous fallut gravir plus d’une fois par la suite, que je fis la connaissance de Louis Boclé, un ancien de 14-18, un vrai ! Dix numéros paraissent sous l’occupation imprimés gratuitement par la famille Boclé à Morlaix gracieusement (c’était , disait-il sa cotisation ! ) » .

Outre Le Patriote, le FN diffuse également des journaux imprimés à Paris par le mouvement et les FTP ( France d’Abord). Jean Devienne organise les envois vers les Côtes du Nord grâce à de jeunes gens qui se rendent à Paris- Monparnasse et qui ont des rendez-vous bien précis afin de récupérer de volumineux paquets de journaux qu’il faut ramener coûte que coûte par le train sans se faire repérer.

Sa tête est mise à prix par la Gestapo mais en continuel déplacement il échappe à tous les traquenards qui attendent les Résistants suite à des dénonciations ou des trahisons « Personne ne peut le trouver s’il n’a pas pris rendez-vous. Quand on le sait à un endroit, il n’y est déjà plus. Sa sécurité repose sur sa grande mobilité. Les Allemands connaissent son existence sous le pseudonyme de François et sa responsabilité de chef départemental du Front National , mais ne savent rien de plus ; Quant à son nom propre, nous sommes quelques-uns à le connaître, la plupart l’ignorera jusqu'à la Libération ( ). » En Décembre 1943, son nom figure sur la liste que présente à Joseph Darsel un agent de la Gestapo se faisant passer pour résistant et soi-disant chargé de prévenir les responsables de la Résistance que la police allemande les recherche. Cette rencontre cause l’arrestation de Joseph Darsel qui sera déporté à Neuengamme. ( ) L’organisation du F.N est totalement distincte de celle du P.C.F clandestin ce qui permet au mouvement de se maintenir malgré les arrestations dont sont victimes les communistes , notamment en août 1943 ( 40 personnes arrêtées dans le secteur de Guingamp ). Jean Devienne résidait le plus souvent pendant la clandestinité à Plésidy. Il parcourt tout le département accompagné de jeunes résistants afin d’établir les contacts avec les divers groupes locaux du F.N, se déplaçant avec tous les moyens. A Lamballe, il rencontre Gilles qui devient son responsable pour ce secteur.Il fréquente à plusieurs reprises la maison de ce couple de Lamballe dont la maison sert de point de ralliement ( ). «  Si le mouvement Front National eut une telle réussite dans le département c’est grâce à son dynamisme et à son courage tranquille, ayant su grouper autour de lui des hommes venus de tous les horizons » ( ) .

A la fin de l’année 1943 le département des Côtes du Nord est totalement quadrillé par le Front national. Chaque commune ou presque dispose d’un responsable qui a été contacté par Jean Devienne ou par Louis Pichouron.

Jean Devienne organise également durant la clandestinité un service médical groupant de nombreuses personnalités médicales avec lesquelles il était en relation ( Dr Bellec, Dr Rouzaut) . Ce service est destiné à prodiguer des soins aux combattants de l’Armée clandestine. Il est également en contact avec des réseaux qui permettent aux aviateurs alliés de rejoindre l’Angleterre. Son adjoint est en effet membre du réseau Shelburn.

«  C’ était un bel homme , la trentaine, costaud, allure sportive, son visage aux traits réguliers s’éclaire d’un large sourire en nous accueillant » ainsi s’exprime Désiré Camus, responsable du Secteur Nord 2 des F.T .P lors de sa première rencontre avec François ( Jean Devienne) dans l’arrière salle du café de Maria Tiec au bourg de Ploézal ( ). Au cours de cette réunion est notamment évoquée la liquidation physique du responsable d’un journal collaborationniste édité à Paimpol dont sont chargés les F.T.P du secteur. Tentative qui échouera, mais l’objectif sera atteint quelques semaines plus tard par un autre maquis...

Le Front National est organisé en sept secteurs en Juin 1944. Il serait bien sûr trop long de décrire toutes les actions auxquelles François ( Jean Devienne) a participe de près ou de loin ou eu l’initiative.Evoquons les instructions données au C.O (Commissaire aux Opérations ) du secteur de Saint-Brieuc, Louis Le Bigaignon, afin qu’un train chargé de blindages pour les cuirassés camouflés à Brest n’arrive jamais à destination. Ce qui se produira dans la nuit du 8 avril 1944 du coté de Pommeret... Quelques jours plus tard il se charge d’organiser la mise en place du groupe de F.T.P qui , le 4 Mai 1944, libère de l’hôpital de Saint-Brieuc deux patriotes arrêtés et blessés et qui allaient être fusillés

Il est également dans le coup de l’attaque de la prison de Saint-Brieuc par l’équipe de Max Le Bail qui libére trente-cinq patriotes menacés d’exécution à le 1° Août 1944.François a cherché des camarades pour monter cette opération périlleuse, finalement ce sont les F.T.P de Saint-Brieuc, après avoir récupéré des armes dans les maquis des environs ( notamment celui de Trégenestre, armes transportées par le couvreur Davy) qui réalisent ce coup d’éclat sans que personne ne soit tué ou blessé ( ).

Jean Devienne avait organisé un cloisonnement entre les différentes activités pour éviter que quelqu’un, arrêté ,puisse parler sur toute l’organisation du mouvement. Chacun avait son rôle, la propagande, les liaisons, les jeunes, etc. Tout était compartimenté pour que le F.N survive en cas d’arrestations. Il avait fait le nécessaire pour cela. « Quand une réunion était terminé, ou après un contact nous nous éloignions rapidement des lieux parcourant parfois plusieurs dizaines de kilomètres afin d’éviter toute rafle au cas où. François avait un pouvoir de conviction extraordinaire, il donnait une force au mouvement que d’autres n’auraient jamais pu lui insuffler » ( ).


En décembre 1943 François ( Jean Devienne) , chef du F.N et siégeant à ce titre au sein du C.D.L clandestin dès sa création et par ailleurs chef de la Commission militaire départementale reçoit la mission d’organiser et d’armer les mouvements de résistance. En avril 1944 il est chargé d’organiser l’Etat- Major Départemental des Forces Françaises Combattantes de l’Intérieur qui prennent le nom de F.F.I quelques semaines plus tard. Il a le grade de commandant à titre provisoire et est chargé du 1° Bureau. Il participe à la réception de nombreux parachutages d’armes et de matériel ainsi qu’à l’accueil des parachutistes S.A.S à Duault le 9 Juin 1944. Le maquis est attaqué par les Allemands et les résistants doivent se replier. Jean Devienne organise la récupération des armes afin d’éviter qu’elle ne tombe aux mains de l’ennemi et réparti ce butin entre les différents groupes pour continuer le combat. Il reste en contact permanent avec l’équipe Jedburgh Frédérick qui a pour mission d’armer les maquis . Le 8 Juillet il se rend à Jugon avec son agent de liaison Christiane et Marcel son homme de confiance, à une réunion des principaux responsables de la résistance de l’est du département à laquelle assistent notamment Pierre Moalic ( Henri) , Maurice Barré ( Yves ). Il assiste ainsi à la réception d’une seconde équipe Jedburgh ( Félix) dans les environs de Jugon les Lacs avec les responsables de l’Intersecteur-Est.Il prend contact immédiatement avec le Capitaine Kernével, et lui expose la situation dans le département. Grâce à cette nouvelle équipe, toute cette partie du département put recevoir plusieurs parachutages d’armes ( 120 tonnes en trois semaines ).


Le combat continue !

A la Libération de Saint-Brieuc, François, l’organisateur de la résistance, est porté en triomphe par ses compagnons d’armes sur la place de la préfecture.Il est même élu président du C.D.L le 15 Juin 1945 lors de la nomination d’Henri Avril au poste de Préfet, mais il préfère laisser la place à Maurice Barré afin de se consacrer totalement au Front National. Lors de l’examen de la reconstitution du Conseil Général au printemps 1945 François se voit proposer un mandat de Conseiller Général, dans le canton de Callac , M. Burlot s’étant engagé à retirer si besoin est sa candidature pour permettre à Jean Devienne d’avoir un mandat électif . Il refuse à nouveau cette proposition.

Après la Libération François ( Jean Devienne) continue d’organiser le Front National dont il devient en quelque sorte le permanent. Il anime régulièrement des réunions publiques dans le département, ainsi à Saint-Brieuc au cinéma Le Splendide plein à craquer,à Dinan devant 350 personnes en novembre 1944, à Callac devant 500 à 600 personnes en compagnie de Bernard délégué des F.U.J.P. et Marcel son homme de confiance au F.N et qui assurait la liaison avec les F.U.J.P. Lors des Etats Généraux de la Renaissance Française il est désigné pour participer à l’étude des cahiers de doléance dans la commission consacrée à l’Armée et la Nation.Il préside la Commission militaire départementale des Côtes du Nord qui siège à la Préfecture du 3 Septembre 1944 au 1° Janvier 1947. Son action dans la résistance est homologuée par l’armée qui le nomme capitaine avec ancienneté de grade au 1° Janvier 1942, il est affecté à la 3° Région militaire de Rennes.

Après avoir été un des artisans des listes uniques de la Résistance lors des élections municipales, François appelle pour les législatives d’ octobre 1945 à voter socialiste en indiquant «  Je n’ai jamais cessé de servir mon parti, de servir le socialisme. Mon rôle dans la Résistance des Côtes du Nord a toujours été inspiré par mon idéal socialiste. Que la Résistance ait servi le socialisme, c’est encore une des belles conséquences de son rôle magnifique. Aujourd’hui je rentre dans le rang, comme grandi par la lutte. Comme soldat, toujours au service de la même cause. Pour le triomphe de la République et de la Paix. Pour le triomphe d’un socialisme pur et sans tache, détaché des influences occultes ou étrangères... »

Après la dissolution du C.D.L fin décembre 1945 , François ( Jean Devienne) est l’un des membres fondateurs de l’Association départementale des anciens Résistants des Côtes du Nord qui se veut à l’écart des partis politiques et qui affirme d’emblée qu ‘elle ne prendra pas position en matière électorale et ne présentera pas de candidats.


Jean Devienne était-il membre du Parti Communiste clandestin ? Certes des socialistes ont adhéré au P.C.F pendant l’occupation, c’est notamment le cas d’Auguste Le Coent, autre membre du C.D.L . En ce qui concerne François ,la réponse est négative. Les témoignages à ce sujet sont formels. Lui -même affirme dans le Combat Social du 20 Octobre 1945 dans un appel à voter pour la liste S.F.I.O avoir toujours été socialiste. Lorsqu’on l’a chargé de créer le Front National dans le département il l’aurait clairement fait savoir aux responsables du P.C.F clandestin . Dans son livre ( page 47 ) Désiré Camus indique qu’un responsable du F.N (Andrieux) lui précise que François n’est pas membre du P.C et que l’objectif du F.N et des F.T.P. est de recruter bien au-delà des cercles communistes. Après la Libération le P.C.F a cherché à l’intégrer dans ses rangs sans succès. Le Combat Social du 2 Avril 1949 indique que « François a voulu préserver l’unité de la résistance et la maintenir au-dessus des partis et de l’exploitation politique. Il se consacra au Front National et essaya d’écarter de son sein l’intrusion des partis. Il vit avec tristesse l’esprit partisan pénétrer malgré tout dans la Résistance et altérer les rapports entre certains de ses membres. Il rejoignit alors la section socialiste et nous prêta son concours dans plusieurs campagnes électorales ».

Au cours de l’année 1945, le P.C.F développe une stratégie visant à prendre le contrôle total du Front National dans le département qui lui échappe du fait de son recrutement pluraliste bien au-delà des rangs habituels des organisation de gauche. Une campagne insidieuse visant à écarter François ( Jean Devienne) est orchestrée mettant ne cause son honnêteté, sa moralité, etc. Henri Avril en personne essaye de mettre un coup d’arrêt à cette campagne de calomnies. Une motion est adoptée lors du Congrès départemental du FN au mois de janvier 1945 au cours duquel une tentative d’évincer François échoue. Voici ce texte : «  Animateur extraordinaire du Front National dans le département des Côtes du Nord. Infatigable de jour et de nuit, échappant de justesse aux mailles de la Gestapo, sans répit il travaille et travaille encore avec le plus noble désintéressement à l’accomplissement de l’œuvre qu’il s’est imposée. Nous l’avons vu, malgré les périls qui s’attachaient à ses pas, organiser, diriger , conseiller ses camarades dans la clandestinité avec une ardeur toujours accrue. Il nous a guidés, entraîné, et par sa bonne humeur , son courage, son audace ,sa sagesse , sa prudence parfois et son a- propos toujours, il a mené à bien une oeuvre pénible et dangereuse devant laquelle plusieurs autres auraient échoué. La parfaite tenue de notre Congrès Départemental, sa parfaite organisation, l’intérêt marqué manifesté par tous les congressistes, réduisent judicieusement à leurs justes proportions les critiques déplacées et maladroites qui lui ont été injustement adressées. Aussi le Congrès unanime lui vote sa confiance indéfectible et lui demande de bien vouloir conserver dans le département sa place si méritée au C.D.L et à la tête du Front National dont nul mieux que lui ne saurait servir les intérêts » . Lors du Congrès National du mouvement, Jean Devienne conduit la délégation des Côtes du Nord, forte de 55 membres. Il est élu membre du Comité National.

L’Aube Nouvelle, hebdomadaire de la Fédération des Côtes du Nord du Parti Communiste, du 22 décembre 1945, sous couvert d’un article consacré à Louis Picard responsable du P.C.F qui a quitté les Côtes du Nord pour la région parisienne, indique que « Jean Devienne était membre du parti clandestin et que cela lui a servi de tremplin ». Cet article ajoute que « François avant sa gloire aujourd’hui bien éteinte et bien petite, recevait avec plaisir les conseils d’Yves Picard qui avait en lui une confiance très, très limitée. Combien il avait raison ! ». Le P.C.F réussit à prendre le contrôle total du journal du FN et la dissolution de la fédération du Front National des Côtes du Nord est prononcée à la fin du mois de novembre 1945 comme nous l’avons évoqué dans le chapitre consacré au mouvement..


Adieu François !

Jean Devienne quitte les Côtes du Nord à la fin de l’année 1947. Avant son départ il rencontre quelques-uns uns de ces compagnons de combat pendant l’occupation. Ainsi Marguerite - Marie Billaud à Lamballe à laquelle il déclare «  En compensation de mes services dans la Résistance, l’Etat ne m’offre qu’une simple place d’instituteur comme avant guerre ! Or , il se trouve que cela ne me plaît plus de faire la classe aux enfants , aussi ai-je demandé et obtenu un engagement comme officier de Santé dans les services de l’Intendance à Saïgon. Je pars dans quinze jours, mon passage est retenu sur le Pasteur ». ( )

Jean Devienne a « pas mal négligé ses propres affaires du temps où il était dans la Résistance et à la Libération pour se consacrer, exclusivement à celles des autres :c’était très bien, évidemment mais peut-être aurait-il fallu mener le tout de front, et il est désormais des choses qui seront difficiles à raccrocher. Nous ferons, cependant, tout notre possible pour que vos intérêts n’en souffrent pas trop » lui écrit Ferdinand Nicolas, collaborateur d’Henri Avril à la préfecture en Juin 1948.

Jean Devienne en disponibilité de l’Education Nationale pour assurer ses responsabilités à la Commission militaire départementale jusqu’en Octobre 1947, souscrit un engagement pour 18 Mois le 8 décembre 1947 au titre du corps militaire de liaison administrative d’Extrême- Orient ( Administration du service de santé ). Il est nommé dans ce corps la veille de son embarquement à Marseille le 16 Janvier 1948 sur le Pasteur. Il débarque à Saïgon quelques jours plus tard le 3 février 1948 et rejoint l’hôpital militaire de Hué en qualité de gestionnaire. La guerre bat son plein. Il meurt en Indochine au début de l’année 1949, le 25 Février à 9 H 30.Il est mort dans des circonstances étranges de deux balles tirées dans le dos, la version officielle veut que cela soit un accident dû à une manipulation malencontreuse de son pistolet. Cependant divers témoignages affirment que l’on a aidé Jean Devienne a quitté cette terre... Il avait 38 ans. Jean Devienne était Chevalier de la Légion d’Honneur, titulaire de la Croix de Guerre avec palme, médaillé de la Résistance avec Rosette et médaillé de la Coloniale avec agrafe.Ces décorations, il ne les a jamais demandées, d’autres résistants ont été honorés bien avant lui pour des faits d’armes auxquels lui-même avait participé. Cet oubli sera réparé grâce à l’intervention de certains de ses amis auprès des instances supérieures. Sa modestie bien connue à empêcher qu’il en marque quelques rancoeurs... Il a fallu attendre cinquante ans pour qu’une rue Jean Devienne soit inaugurée le 8 mai 1997 à Saint-Brieuc en présence de membres de sa famille, de ses anciens camarades de combat et du sénateur-maire Claude Saunier.