Henri Avril

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« Tonton comme on l’appelait dans la clandestinitĂ© et comme nous Ă©tions encore quelques-uns Ă  l’appeler... Tonton Ă©tait un homme de parole... Â» cet extrait d’un ouvrage de Louis Guilloux(OK Joe ! ) tĂ©moigne de l’affection de ses amis envers Henri Avril, prĂ©sident du C.D.L lorsque l’écrivain, interprète Ă  la mairie de Saint-Brieuc intervient pour obtenir la libĂ©ration d’ un homme internĂ© au camp de Langueux. Il retrouve dans le bureau du prĂ©sident du C.D.L François ( Jean Devienne), Yves Lavoquer et Christian Le Guern qu’il connaĂ®t Ă©galement.

Henri Avril est né dans le Trégor, à Cavan, le 4 Décembre 1888, son père, 22 ans , est instituteur adjoint, sa mère âgée à sa naissance de 27 ans, très croyante se rend à la messe tous les jours jusqu'à sa mort , ce qui ne l’empêchait pas d’être une bonne républicaine( ). Il suit des études au collège de Lannion où il est pensionnaire de 1901 à 1906 et brillant élève ce qui lui permet de sauter la classe de troisième. A noter que parmi ses camarades de collège figure Kérien, dont nous avons évoqué le rôle dans la résistance dans cet ouvrage. Henri Avril quitte Lannion pour effectuer à Rennes en 1906-1907 sa classe de philosophie avec encore beaucoup de succès. Élève à l’École Normale de Saint-Cloud d’octobre 1908 à la fin du mois de septembre 1910 , il en sort premier. Il effectue ensuite son service militaire pendant trois ans de 1910 à 1912 . Il est nommé après son passage sous les drapeaux professeur à l’EPS de Nancy pendant une année scolaire puis à l’École Normale de Saint-Brieuc.

Sommaire

La guerre 1914-1918

La guerre Ă©clate, il est mobilisĂ© le 2 aoĂ»t 1914 et pendant cinq ans jusqu’au 31 Juillet 1919. Capitaine au 269 ° RĂ©giment d’Infanterie , il donne Ă  Saint-Brieuc une confĂ©rence le 26 Novembre 1916 au cours de laquelle il Ă©voque les attaques menĂ©es sans prĂ©paration suffisante, les tranchĂ©es, l’hĂ©roĂŻsme des soldats «  CollĂ©s aux parois gluantes, les paquets de boue que sont les hommes qui font corps avec la terre, comme les figures de pierre avec les cathĂ©drales Â» .BlessĂ© cinq fois au cours du carnage qui secoua l’Europe pendant quatre ans. La citation Ă  laquelle Henri Avril tenait le plus est liĂ©e au commandement du 269° RĂ©giment d’infanterie au moment oĂą il le quitte pour prendre le commandement du 44° Bataillon de chasseurs Ă  pied en 1917(il fut le plus jeune chef de bataillon en ligne) .Les hommes de cette unitĂ© s’étaient mutinĂ©s. Il accepte de les commander Ă  condition qu’il n’y ait aucune condamnation Ă  mort de soldats devant le Conseil de Guerre. Il rĂ©ussit mĂŞme Ă  convaincre les Ă©pouses de ces soldats rentrĂ©s chez eux de les persuader de reprendre le combat. Il reçut ainsi une citation du colonel Ă  l’ordre de son rĂ©giment. Après l’Armistice du 11 Novembre 1918, Henri Avril est nommĂ© commandant de la place d’Aix la Chapelle lors de l’occupation du territoire allemand par les troupes alliĂ©es. Dans ce poste qu’il occupe jusque la fin du mois de Juillet 1919, il y met tous ces talents d’organisateur qui lui seront bien utiles plus tard .Il retrouve son poste de professeur Ă  l’École Normale de Saint-Brieuc pendant quelques semaines en 1919.

Les Ă©lections lĂ©gislatives de l’après-guerre ont lieu le 16 Novembre 1919. Henri Avril est candidat sur la liste d’Union RĂ©publicaine conduite par Yves Le Trocquer, originaire de Pontrieux et futur ministre des Travaux Publics de 1919 Ă  1925 sous sept gouvernements. Il est Ă©lu dĂ©putĂ© rĂ©publicain de 1919 Ă  1924 et s’inscrit au groupe de l’Action RĂ©publicaine et Sociale. Pendant la lĂ©gislature il rĂ©side Ă  Bois-Colombes dans la rĂ©gion parisienne . Il intervient de nombreuses fois dans les domaines de l’enseignement et des beaux arts. Il est remarquĂ© pour son Ă©loquence merveilleuse «  Aucune rhĂ©torique, elle jaillissait du cĹ“ur, Ă  la fois puissante et raffinĂ©e, chaude, nuancĂ©e, modulĂ©e de toutes les richesses, de tous les timbres d’un français, ou d’un breton, dont il aimait et dominait Ă©galement les ressources Â»( ).

A l’E.P.S. de Lamballe

Henri Avril se reprĂ©sente aux Ă©lections de Mai 1924 sur la liste d’Union rĂ©publicaine et nationale dirigĂ©e Ă  nouveau par Yves Le Trocquer qui obtient six Ă©lus sur huit sièges Ă  pourvoir. Il est battu, n’obtenant que 46 338 voix alors que le dernier Ă©lu de la liste obtient 46 966 voix dans le cadre d’un scrutin de liste dĂ©partementale. Cet Ă©chec est dĂ» en partie Ă  ses prises de position en faveur d’un système d’enseignement unique dans lequel le catĂ©chisme aurait pu ĂŞtre prodiguĂ© aux jeunes Ă  l’école par des catholiques. IdĂ©e iconoclaste Ă  laquelle s’opposaient les milieux laĂŻques et notamment les instituteurs dont l’influence Ă©taient importante Ă  l’époque et qui firent campagne contre lui ( ). Il tente une nouvelle fois d’obtenir un mandat mais il est battu lors de l’élection partielle du 13 avril 1930 dans la circonscription de Lannion. ArrivĂ© en seconde position au premier tour de scrutin, et avec de rĂ©elles chances de l’emporter , il se retire de la compĂ©tition, une partie de ses amis politiques ayant dĂ©cidĂ© de soutenir finalement son adversaire. Ce scrutin voit l’élection de Yves Le Cozannet, combattant de la Grande Guerre Ă©galement, qui l’emporte de peu face au remplaçant d’Henri Avril ( Yves Le Gac) et qui entame ainsi une longue carrière politique. «  Je me retire avec le regret poignant d’un enfant du peuple empĂŞchĂ© de servir comme il l’aurait voulu les intĂ©rĂŞts de sa terre natale et son ardente foi dĂ©mocratique. ÉcartĂ© par erreur d’un mouvement agraire et le furieux assaut d’une rĂ©action clĂ©ricale, je garde la fiertĂ© d’avoir accompli mon devoir. Je souhaite de toutes mes forces que soit Ă©pargnĂ© au beau pays de Lannion le retour surprenant d’une rĂ©action triomphale Â». Ce texte fut affichĂ© le lendemain du premier tour dans les communes de la circonscription ( ). Henri Avril publie un petit journal Ă©lectoral «  Le Petit Lannionais Â». Dans ces colonnes il exprime son point de vue sur de nombreux problèmes de l’heure. Il rĂ©fute Ă©galement sa prĂ©tendue appartenance Ă  la Franc-maçonnerie, dont l’accusaient ses adversaires. Cet Ă©chec l’amène Ă  abandonner la politique, du moins le pense -t-il comme nous l’avons vu dans les chapitres prĂ©cĂ©dents.Il reprend donc un poste dans l’enseignement, nommĂ© directeur de l’Ecole Primaire SupĂ©rieure de Caen , il permute avec son collègue de Lamballe afin de retrouver les CĂ´tes du Nord , poste qu’il occupera de 1924 Ă  1945. Il engage la construction d’un nouveau collège situĂ© sur la route de Dinard et dont l’architecte est Jean Fauny. Ce nouvel Ă©quipement moderne est inaugurĂ© en prĂ©sence de M.Edouard Herriot en 1933. En cette annĂ©e les nuages s’ amoncèlent en Allemagne et sur l’Europe...

«  Vous Ă©tiez le directeur le moins tatillon, le moins administratif et apparemment le plus absent qui soit. Pourtant je n’en ai rencontrĂ© aucun qui ait mieux connu que vous ses Ă©lèves et ses professeurs, mieux apprĂ©ciĂ© leur travail que vous exaltiez et mieux connu leurs faiblesses que vous taisiez Â» ainsi s’exprime Antoine Mazier, professeur Ă  Lamballe auprès d’Henri Avril avant la Guerre.Une silhouette trapue et musclĂ©e, la tĂŞte puissante, le visage illuminĂ© par les yeux clairs et coupĂ© par la barre Ă©paisse des moustaches tombantes, qui n’étaient pas encore blanches. Voici en quelques mots le portrait d’Henri Avril dressĂ© par Antoine Mazier lors de son examen pour devenir enseignant en 1930. ( )

Les classes se disputaient le privilège d’être choisies pour des cours d’Henri Avril, qu’il improvisait et qui durait souvent sans que maîtres ou élèves s’en aperçoivent, bien au delà de l’heure normale. Henri Avril a ainsi formé et marqué toute une génération d’élèves et de maîtres qui en gardent encore aujourd’hui un souvenir ému devant une intelligence hors du commun et la capacité naturelle qui était la sienne de transmettre le savoir .Il assura souvent, à ses frais, la continuation des études d’élèves travailleurs dont les familles se trouvaient sans ressources( ) .

Au cours de la drĂ´le de guerre, printemps 1940 , il anime une rĂ©union Ă  Saint- Brieuc consacrĂ©e Ă  l’analyse de deux livres , « Mein Kampf Â» d’Hitler et celui d’Hermann Rauschning «  Hitler m’a dit Â» au cours de laquelle il expose clairement Ă  son auditoire ce qu’est le nazisme et les menaces qui pèsent sur l’Europe et la dĂ©mocratie. Mais il est dĂ©jĂ  trop tard !

Président du C.D.L.

Les troupes allemandes occupent le dĂ©partement vers le 18 Juin 1940 et rĂ©quisitionnent l’École dont Henri Avril est le directeur. Coup dur ! Ă‚gĂ© de 52 ans, il est Ă©branlĂ© par cette situation, victime d’une crise cardiaque dont il se remet. Il regroupe ses Ă©lèves dans un autre Ă©tablissement et doit changer de domicile. Ainsi s’ouvre une nouvelle page de la vie d’Henri Avril. Son passĂ© d’ancien combattant «  Je suis un vieux soldat, aimait-il dire souvent»,son tempĂ©rament, ses convictions politiques ne peuvent que le conduire Ă  s’opposer dès les premiers jours Ă  l’occupant et au rĂ©gime de Vichy. Sa maison va devenir le lieu de rendez-vous de nombreux responsables de la RĂ©sistance quand celle-ci commence Ă  se structurer et cherche Ă  se coordonner. Pourtant les anciens parlementaires sont Ă©troitement surveillĂ©s par la police de Vichy .

Henri Avril est correspondant de la RĂ©sistance parisienne en Bretagne, il une agent de liaison , Melle BouglĂ©, qui lui permet de maintenir le contact. Ensuite il est en relation notamment avec MM.Guennebaud et Royer ainsi que KĂ©rien qui Ă©tait un de ses amis. Un jour, vers la fin 1943- dĂ©but 1944 , il reçoit une carte postale de M. Guennebaud qui lui annonce la visite prochaine d’un ami. Quelques jours plus tard l’abbĂ© ChĂ©ruel en habit de prĂŞtre se prĂ©sente Ă  la porte de la maison. Il est envoyĂ© par les membres fondateurs du C.D.L pour rencontrer Henri Avril ; Son nom a Ă©tĂ© proposĂ© par Charles Royer. L’abbĂ© Ă©tait au dĂ©part rĂ©ticent Ă  rencontrer un homme de gauche, laĂŻc Ă  cette Ă©poque oĂą les clivages Gauche/ Droite et Catholiques/ LaĂŻcs Ă©taient très marquĂ©s. Cette mĂ©fiance est vite dissipĂ©e et c’est ainsi qu’Henri Avril est choisi par les mouvements de rĂ©sistance des CĂ´tes du Nord mais aussi par les instances supĂ©rieures, Ă  savoir le futur Commissaire de la RĂ©publique, Victor Le Gorgeu. Henri Avril est alors membre de LibĂ©ration -Nord, mais il siège au sein du C.D.L en reprĂ©sentant du Parti Radical-Socialiste. Il est Ă  noter qu’il a Ă©tĂ© un moment pressenti pour occuper le poste de prĂ©fet des CĂ´tes du Nord Ă  la LibĂ©ration. ( Liste Guizot de Mars 1944).

« Chef , il le fut ( Ă  la tĂŞte du C.D.L), dans toute l’acceptation du terme. Chef aimĂ© et respectĂ©, Ă  la direction sĂ»re et prudente, aux conseils judicieux, aux ordres clairs et prĂ©cis. Nul, mieux que lui, ne pouvait ĂŞtre choisi pour ce poste important et pĂ©rilleux. Tous ses anciens compagnons de ces heures longues et pĂ©nibles n’oublieront jamais celui qu’ils appelaient familièrement leur «  Tonton Â» et qu’ils vĂ©nĂ©raient Ă  l’égal d’un père Â». Voici comment s’exprime Stanis Le Moel, membre du C.D.L clandestin qui a cĂ´toyĂ© Henri Avril durant les heures dangereuses de l’occupation. Se sont succĂ©dĂ©s au cours des derniers mois de l’occupation dans cette maison de Lamballe entourĂ©e de grands murs ; Adolphe VallĂ©e puis Mathurin Branchoux, responsables de l’ArmĂ©e Secrète , Yves Henry, l’abbĂ© ChĂ©ruel, Yves Lavoquer, François Tanguy-Prigent, Bernard, François ( Jean Devienne), Christian Le Guern , tous dont le rĂ´le dans la lutte contre l’occupant est Ă©voquĂ© dans ces pages aux cotĂ©s d’Henri Avril. Il Ă©tait auprès de tous un sage, un conseil indispensable lorsqu’il y avait des dĂ©cisions importantes Ă  prendre. L’angine de poitrine dont il souffre depuis l’âge de 40 ans lui interdit d’accepter le commandement dĂ©partemental de la rĂ©sistance militaire.Il est cependant en contact avec la rĂ©sistance locale qui s’est organisĂ©e autour de Lamballe, les frères Gouret notamment.

Dans les dernières semaines de l’occupation, Henri Avril est convoqué par la Gestapo. Il s’y rend avec sa petite valise croyant qu’il allait être interné. En effet à cette époque beaucoup de personnes étaient interpelées sans motif , et partaient pour l’Allemagne. Finalement il est relâché et poursuit ses activités clandestines jusqu'à la Libération.Engagé activement dans la Résistance, Henri Avril dont les activités ainsi que les multiples visites qu’il recevait devaient intriguer plus d’un voisin soupçonneux, ne dormait plus chez lui. Il avait trouvé refuge chez la belle famille de sa fille, M. et Mme Cagniart qui habitaient pas très loin.Lors des derniers jours de l’occupation Henri Avril négocie avec les Allemands la non exécution d’une menace de destruction de dépôts de munitions et d’essence en leur faisant savoir que la ville de Lamballe est encerclée par des maquisards, notamment ceux du Capitaine Gilles.Finalement les Allemands renoncent à leur projet. Henri Avril accueille à l’hôtel de la Ville quelques jours plus tard ( le 8 Août 1944 ) les Compagnies F.F.I du secteur de Lamballe qui font leur jonction au cœur de la ville accompagnées par le colonel Passy, chef du B.C.R.A parachuté quelques jours plus tôt dans les Côtes du Nord. A Lamballe il use de son autorité pour mettre fin à des débordements inquiétants de quelques résistants dans l’euphorie de la Libération ( des tontes de femmes, des arrestations arbitraires ).

Henri Avril, « Militant chevronnĂ©, universellement connu dans le dĂ©partement et qui en dĂ©pit des critiques injustes formulĂ©es par ceux qui l’ignorent, fournit, pour le bien de tous , un travail surhumain Â»( ) , rejoint la S.F.I.O le 1° Janvier 1945 après avoir eu sa carte au Parti Radical- Socialiste, dont le leader est Michel Geistdoerfer son ami. Il souhaite en effet une politique plus Ă  gauche et de nouvelles institutions alors que les radicaux -socialistes restent attachĂ©s Ă  la III° RĂ©publique.

Avant les élections municipales du printemps 1945, le président Avril demande l’avis de l’assemblée sur l’attitude que le C.D.L et son président doivent adopter pendant la période électorale. Henri Avril a été invité à se rendre à des réunions politiques dans les communes de Callac, Pédernec, Lamballe, etc. et a cru devoir décliner ces invitations, étant donné que le Comité doit demeurer au dessus des partis. Le président Avril estime que le rôle du C.D.L est de développer le programme de reconstruction nationale et l’idéal de la Résistance et non d’arbitrer des conflits politiques et des bagarres électorales. Les membres du comité sont d’accord à l’unanimité des onze présents sur ce point . En effet le président n’a pas le droit d’utiliser l’autorité venant de son mandat pour aller défendre telle liste contre telle liste dans des communes où la Résistance est dissociée. Le C.D.L se prononce à la majorité pour la constitution de listes communes de Résistance aux élections municipales. Le C.D.L estime que la proximité des élections exige une extrême prudence dans les déplacements de son président et que son intervention partout où elle est retenue depuis longtemps doit porter exclusivement sur le programme général du Conseil National de la Résistance, l’action continue du C.D.L et l’union préconisée de tous les résistants pour le service du pays.


Dans le cadre de la recomposition du Conseil Général, ses collègues du C.D.L à l’unanimité le presse d’accepter un poste de conseiller général, ce qu’il refuse. Henri Avril adhère également au Front National dirigé par Jean Devienne à la Libération. Invité en tant que président du C.D.L, il prend la défense de Jean Devienne critiqué par une minorité communiste lors du Congrès du FN du début de l’année 1945. Après avoir pris la parole il est acclamé par les délégués et une motion de confiance à Jean Devienne est adoptée qui met fin à la manœuvre destinée à le remplacer à la tête du FN. Les communistes lui en voudront longtemps de s’être opposé à leurs desseins.

A la tĂŞte du C.D.L pendant presque un an Henri Avril agit en fĂ©dĂ©rateur et modĂ©rateur. Il exprime Ă  plusieurs reprises le souhait d’une justice lĂ©gale et basĂ©e sur des procĂ©dures contradictoires donnant toute sa place Ă  la dĂ©fense des accusĂ©s. Cette attitude permet d’éviter certains dĂ©bordements qui auraient pu avoir des consĂ©quences graves en cette pĂ©riode explosive. Ce qui n’empĂŞche pas la fermetĂ© vis Ă  vis des collaborateurs les plus compromis avec l’occupant «  Que dire du rĂ©sistant intrĂ©pide, du prĂ©sident du C.D.L , Ă  l’intelligence, au tact duquel notre dĂ©partement dut de traverser sans remous une pĂ©riode mouvementĂ©e.

Préfet des Côtes du Nord

Après avoir prĂ©sidĂ© le C.D.L pendant près d’un an et demi, Henri Avril est nommĂ© PrĂ©fet des CĂ´tes du Nord en Juin 1945 en remplacement de M. Gabriel Gamblin. Il affirme qu’il sera Ă  la prĂ©fecture le dĂ©lĂ©guĂ© de la RĂ©sistance et le mandataire du C.D.L . Dans ses nouvelles fonctions il s’attelle au problème lancinant du ravitaillement, dossier Ă©pineux qui suscite de nombreuses oppositions dans les campagnes bretonnes. Il reçoit le GĂ©nĂ©ral de Gaulle en visite officielle Ă  Saint-Brieuc, puis Ă  Guingamp le 21 Juillet 1945, il s’agit lĂ  de l’une de ses premières apparitions publiques dans son nouveau costume de prĂ©fet. Il inaugure Ă©galement au cours de l’annĂ©e 1945 plusieurs monuments en souvenir des martyres de la rĂ©sistance. Henri Avril est profondĂ©ment fidèle au GĂ©nĂ©ral de Gaulle et aux idĂ©es que dĂ©veloppe RenĂ© Pleven. Il Ă©voque notamment dans un de ses rapports l’idĂ©e d’un travaillisme Ă  la française, qui aurait l’avantage de rassembler les forces de gauche tout en rĂ©duisant l’influence communiste, notion qui revient de Londres dans les bagages de quelques grands rĂ©sistants de renom. Citons ces quelques lignes particulièrement Ă©clairantes : « L’expĂ©rience anglaise Ă  laquelle chacun se rĂ©fère ,en l’interprĂ©tant au grĂ© de ses prĂ©fĂ©rences, comporte Ă  vrai dire un triple enseignement : n le rejet du communisme, limitĂ© pour l’instant Ă  deux ou trois sièges dans le pays tout entier, n l’avancĂ©e massive du travaillisme correspondant Ă  la fusion chez nous des partis dĂ©mocratiques, n la parfaite adaptation de cet avènement aux formes traditionnelles de la Constitution anglaise, Ce peuple libre, de formation biblique, modifie pour son usage l’adage fameux des Évangiles : Il faut tenir fort bien le vin nouveau dans les vieilles outres. Â».


Lors d’un conflit social alors que les grĂ©vistes se prĂ©sentent devant la prĂ©fecture pour manifester, Henri Avril alors prĂ©fet se prĂ©sente au balcon et s’exclame «  Moi fils du peuple, je descendrais parmi le peuple... Â» C’était un tribun qui savait retourner une assemblĂ©e. Il avait de gros appuis politiques, notamment Ă  Paris. Ce fut un bon prĂ©fet, ce n’était pas facile , car il y avait encore des tickets de rationnement en 1947 ( )


Henri Avril meurt à la tâche le 17 Janvier 1949 , âgé de 61 ans ,dans son bureau de la préfecture emporté par un œdème aigu du poumon. Ses obsèques sont célébrées à la Cathédrale de Saint-Brieuc par son frère le R.P Charles Avril dominicain. Décoré de la Légion d’honneur ( Commandeur) et d’une Croix de Guerre couverte de palmes et d’étoiles. Le lycée public de Lamballe , le centre médical portent son nom, ainsi qu’une rue à Cavan, à Saint-Brieuc,à Saint-Nicolas du Pélem où son père fut directeur de l’Ecole des Garçons ( à l’initiative d’Auguste Le Coent, maire communiste et ancien membre du C.D.L.),etc. Des centaines d’élèves se souviennent du maître qui a modelé leur conscience d’homme, du maître dont l’autorité ne reposait jamais sur la crainte mais toujours sur la confiance et l’indulgence, car il comprenait et aimait la jeunesse jusque dans ses excès même ( )

«  C’est lĂ  qu’il fallait vous voir au milieu des populations, prĂ©fet tant que la cĂ©rĂ©monie durait et quel prĂ©fet ! Qui ne pouvait oublier qu’il avait commandĂ© un des plus glorieux bataillons de France : aussi l’uniforme strict, gants blancs, casquette et la voix du commandement ; mais la cĂ©rĂ©monie terminĂ©e, c’était la cordialitĂ© bretonne, l’amitiĂ© des poignĂ©es de mains, les plaisanteries et le rire gĂ©nĂ©reux que vous saviez communiquer aux autres Â».

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