Georges Heurtier

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Georges et son frère jumeau André sont nés le 12 juillet 1904 à Rennes. Leur père est pharmacien à Rennes. Après ses études il devient administrateur de biens dans un cabinet d’affaires de Paris.Il revient en Bretagne en 1934-35 période au cours de laquelle il exploite une ferme « La Ville Féburio », propriété de la famille de son épouse à Bel-Air près de Moncontour. La guerre arrive il est mobilisé en 1940. Il est démobilisé après la défaite et l’armistice signé par le Maréchal Pétain.Il retrouve ses activités passées et notamment sa ferme. Il habitait à Saint-Brieuc Boulevard Lamartine avant la guerre, au numéro 5. C’est là que la Gestapo installera ses «  bureaux ».La famille Heurtier est chassée de chez elle en une journée quelques jours après les débuts de l’occupation. De ce fait Georges Heurtier s’installe à Saint-Brieuc au 17 de la rue Alsace-Lorraine, Puis 9,Rue Abbé Josselin, où il sera arrêté. Tout en se rendant tous les jours à Bel Air.

Libération-Nord

Membre du mouvement Libération-Nord à partir de Mai 1943, Georges Heurtier fait partie du noyau qui met en place ce mouvement dans le département avec Bescond, Kérien (Chef de division à la Préfecture) et Guennebaud (professeur d’anglais au lycée Le Braz de Saint-Brieuc) ainsi que Lavoquer. Il devient responsable de la branche civile du mouvement alors que Lavoquer a la responsabilité du militaire ( l’Armée Secrète). Chef du groupe d’action immédiate mis sur pied par ce mouvement, il siège au sein du CDL clandestin à partir du début de l’année 1944 mais il est arrêté le 14 Février 1944 et interné jusqu’au mois de Juillet 1944.

La déportation

Dans une note datée du 24 juillet 1945 Georges Heurtier indique « qu’il a été arrêté comme chef présumé de Libération -Nord. Aujourd’hui à peine remis des épreuves endurées dans les camps de concentration il convient de demander des comptes aux misérables dénonciateurs si indignes du nom de français. J’ai retrouvé à Neuengamme et ensuite à Bremen- Kriegmarine MM. Louviot, Guyader et Commeureuc de Rennes. J’ai travaillé avec eux plusieurs mois aux travaux forcés à ce Kommando. Il m’a été toujours déclaré formellement sans aucune équivoque et à de nombreuses reprises avoir été dénoncé par une Demoiselle Vianry, secrétaire de M. Guyader et travaillant aux services économiques 33 rue d’Antrain à Rennes. Je suis actuellement seul survivant ; MM. Guyader, Commeureuc, Louviot étant morts d’épuisement au début de 1945. Je vous prie d’utiliser la présente lettre à toute fin utile afin que cette misérable soit châtiée comme il convient . Je n’insiste pas, vous connaissez comme moi l’importance et la gravité de cette dénonciation qui a eu , à un moment crucial les plus graves répercutions sur l’organisation de la résistance militaire et civile en Bretagne en causant la mort de MM. Commeureuc, Chubert, Guyader, Louviot, Francis Roussin, un cousin de son épouse, Mabillé. D’autres sans doute. L’internement et la déportation de la majorité des membres de Libé , le chef militaire régional de l’A.S , son adjoint et le chef départemental des Côtes du Nord et plusieurs membres influents des CDL clandestins bretons ».

Interné à la prison de Saint-Brieuc et interrogé par la Gestapo dans sa propre maison , Georges Heurtier quitte la prison de Saint-Brieuc le 3 juin pour la prison Marguerite de Rennes où il reste un peu plus de trois semaines. Puis c’est le départ pour Compiègne qu’il quitte le 28 juillet 1944 vers la déportation en Allemagne au camp de Neuengamme puis au camp de Bremen-Kriegsmarine, commando de travail. Il est sauvé de la mort par un déporté breton Jean Kerambrun alors qu’il est tombé dans les barbelés qui entourent le camp. A l’approche de l’avance des troupes alliées le camp est évacué. Il se retrouve à Ravensbrück, un camp «  dédié » aux femmes. Il est libéré par les Russes en Mai 1945. Le général Allard, chef de la 11° Région Militaire accompagné de son officier d’ordonnance se rend en Allemagne afin de rechercher son épouse et sa belle-fille déportée à Ravensbrück. C’est alors qu’il voit sur la liste des déportés le nom de Heurtier qui ne lui est pas inconnu, lui qui a également joué un rôle important dans la Résistance. C’est ainsi que Georges Heurtier rentre dans ses foyers dans la voiture du général Allard au début du mois du mois de juin 1945 .

Au Comité Départemental de la Libération

Il reprend ensuite sa place au sein du CDL des Côtes-du-Nord au cours du mois de juin 1945 (réunion du 22 Juin 1945 ). Il est un des créateurs de la FNDIR , association de déportés qui se démarque des associations de la mouvance communiste. Du fait de son état de santé ( réformé temporaire à 50 % ) il ne peut reprendre son activité professionnelle. Il siège en tant que membre du CDL dans diverses commissions chargées de l’épuration, membre suppléant de la Commission Contentieuse Départementale nommé par arrêté du Préfet Henri Avril le 17 octobre 1945. Après la libération il siège au comité directeur de Libération Nord.

Son frère André a également joué un important dans la résistance en Ille-et-Vilaine dans le même mouvement. Il fut arrêté mais put échapper à la déportation en étant libéré à Belfort après avoir été interné à la prison de Rennes. Leur père a été président du CDL d’Ille et Vilaine, il est un des fondateurs de Libération-Nord et organisateur du comité régional du mouvement qui se réunit régulièrement à partir de Mai 1943. Des cousins, Francis Roussin et son fils qui sera fusillé à Saint-Marcel, habitants dans le Morbihan ont aussi pris part à la Résistance . Georges Heurtier a été décoré de la Légion d’Honneur (Officier), de la Médaille Militaire avec Rosette, de la Croix de Guerre 39-45 avec palmes, de la Médaille de combattant de la Résistance, Croix de combattant volontaire. Il a reçu les félicitations du général Eisenhower et des autorités militaires britanniques pour l’aide apportée aux aviateurs alliés. En effet son action dans la Résistance a été homologué au titre du réseau «  Bordeaux- Loupiac » un réseau d’évasion dépendant du BCRA du colonel Passy( ). Son nom de code était « Alar », il était chargé de mission (agent P2 ) pour la récupération et l’évasion d’aviateurs alliés tombés sur le sol de France à partir de septembre 1943. Il est également reconnu comme membre de l’Armée Secrète du 11 octobre 1943 jusqu'à son arrestation. Georges Heurtier est décédé à Saint-Brieuc en 1990 à l’âge de 86 ans.