Christian Le Guern

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«  C’était décembre. Cette nuit -là j’allais porter un message à Christian, à l’autre bout de la ville. Ma mission accomplie, je m’en revenais à travers les rues plus noires que jamais, ne reconnaissant mon chemin qu’en tâtant les pierres des maisons ». Ainsi s’exprime Louis Guilloux, dans un passage de son récit « O.K Joé ! » .

Syndicaliste

Christian est aussi surnommé Popeye, responsable de la C.G.T à Saint-Brieuc, Christian Le Guern, chef de service à la caisse de mutualité sociale agricole (d’allocation familiale) est «  Têtu comme pas un dans la défense de la classe ouvrière comme il l’était dans la lutte contre le Boche » . Son père Ernest Le Guern a été un ami du père de Louis Guilloux tous les deux responsables socialistes de Saint-Brieuc au début du siècle, candidats aux élections municipales du 14 Novembre 1909 et fondateurs de la Maison du Peuple dont l’écrivain tirera un de ces premiers romans. « Je me souviens comment Ernest Le Guern aimait à parler de l’avenir, parler de la lutte de classes et du capitalisme que les travailleurs aillaient détruire par leur union. Ils établiraient un monde où régnerait la justice ... Pauvre Ernest Le Guern, qui allait un peu plus tard pour la guerre en abandonnant sur sa table les plans de la Maison de peuple ». C’est l’ époque de l’aide aux réfugiés fuyant l’Allemagne Nazie et l’Espagne franquiste que Louis Guilloux retrouve Christian Le Guern dans le mouvement de solidarité qui se met en place à Saint-Brieuc(le Secours Rouge International) et qui regroupe de nombreux ( mais étaient-ils si nombreux !) militants de gauche appartenant ou non aux partis communiste et socialiste. Christian Le Guern , représentant le syndicat du Gaz, est élu à la Commission Administrative de l’Union Départementale CGT des Côtes du Nord lors du Congrès de Juin 1938. Il intervient plus particulièrement sur le problème du sport populaire. Dans le numéro d’octobre 1938 de l’Avenir Syndicaliste bulletin de l’UD de la CGT , il est fait mention de la réorganisation de l’Union Sportive Ouvrière Briochine ( OSOB) à l’initiative de cégétistes. Christian Le Guern, Secrétaire administratif de l’USOB indique que déjà 40 jeunes sportifs y adhérents et demande que chaque syndicat désigne en son sein un délégué aux sports et aux loisirs.

Au C.D.L clandestin

Christian Le Guern un des responsables syndicaux de l’Union départementale des syndicats CGT, alors unifiée à Saint-Brieuc compte notamment parmi ces amis Louis Guilloux et Jean -Pierre Petit. C’est ainsi que ces liens d’avant guerre permettent à un petit noyau de résistants de tisser les fils qui conduiront à la création du CDL. Quand le régime de Vichy décide d’arrêter des anciens responsables syndicalistes il aide les militants à trouver un point de chute et un contact dans une autre ville. C’est notamment le cas de Jean Pierre Petit et son fils qui sont dirigés grâce à lui vers Nantes puis ensuite vers Paris. A quarante ans environ , Christian Le Guern devient membre du C.D.L. au titre de son organisation syndicale dès les prémisses de la coordination de la résistance dans le département. Il est un des fondateurs du CDL et figure parmi les membres restreint du bureau avec la charge de trésorier. A la Libération il aura la responsabilité de siéger dans plusieurs commissions chargées de l’épuration ( notamment les entreprises de bâtiment et de travaux publics) ainsi que la Confiscation des profits illicites. Lors de la réunion du CDL du 14 Novembre 1944 Christian Le Guern fait savoir à ses collègues que le Secours de Guerre américain a donné 10 millions de francs à la C.G.T française , pour les familles de fusillés et déportés politiques ; Il demande que deux membres du C.D.L. soient désignés pour faire partie du comité chargé de la répartition ( Mme Bello et M. Bescont ).

Il écrit dans le premier numéro légal du Patriote des Côtes du Nord «  La résistance de la classe ouvrière à l’intérieur du pays depuis l’occupation a sauvé l’esprit du pays par sa fidélité inébranlable aux grandes idées de liberté et de progrès ».

Secrétaire général de l'UD-CGT

Lors du Congrès de l’UD CGT des 17 et 18 mars 1945 , Christian Le Guern devient Secrétaire Général, le Secrétaire adjoint étant Jean Le Bars, Pierre Petit est un des membres du bureau. Quelques mois plus tard Christian Le Guern devient délégué régional de la CGT , Jean Le Bars est élu secrétaire général. Néanmoins Christian Le Guern continue de siéger à la Commission administrative . Il assiste au congrès de 1946 ( les 30 et 31 mars) et siège à nouveau au bureau élu par le congrès «  Christian Le Guern arrive les mains dans les poches, sans se presser. Il parle lentement, mais il sait ce qu’il dit ; c’est le principal ». Dans le courant de l’automne 1945 il fait part de son souhait de quitter le CDL du fait de ses nouvelles fonctions , il serait remplacé par Le Bars nouveau secrétaire de l’UD et membre du PCF. Ses collègues du CDL le presse de maintenir sa présence au sein du comité en tant que représentant de la CGT. La Centrale Syndicale a été reprise en mains par les Unitaires notamment dans les Côtes du Nord. Les anciens responsables du Syndicat se sont discrédités en suivant la ligne de Belin qui à Vichy a été un des artisans de la Charte du Travail. Christian Le Guern, unitaire mais n’étant pas membre du PCF, se retire pour des raisons professionnelles mais constate que les communistes ont réussi à prendre le contrôle de l’UD et que l’on s’oriente vers une nouvelle scission du mouvement syndical. Dans l’Avenir Syndicaliste de Février -Mars 1946 , Christian Le Guern signe un article consacré à la coopération. Il évoque notamment la Coopérative de Boucherie créée à Saint-Brieuc à l’initiative de syndicalistes et de résistants. Il conclut son article par cette phrase « La coopérative est une façon de se délivrer de l’emprise du capitalisme, en évitant la formule trop rigide de l’étatisation totale et en laissant libre l’esprit d’administration et d’émulation si cher aux Français .»

C’était un homme très ouvert, très chaleureux, arrangeant. Il était trop gentil pour être un chef syndicaliste. Il n’appartenait à aucun parti même s’il était proche de la Gauche. A la libération il est devenu permanent syndical, à cette époque les effectifs de la CGT se sont élevés jusqu’à cinq millions d’adhérents, il y avait de l’argent pour payer des permanents. Vers les années 1950, c’est le reflux, Christian Le Guern reprend son poste à la Mutualité Agricole.