Charles Royer

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Charles Royer est né le 14 Octobre 1884 à Carhaix.Ingénieur de l’Institut Catholique des Arts et Métiers (promotion 03). Charles Royer est mobilisé pendant la guerre 14-18. De son mariage en 1919 il aura quatre fils dont trois s’illustreront lors de la guerre 39-45.Il créé avec MM.Mafart et Meunier une affaire de Quincaillerie et chauffage central qui existe encore aujourd’hui.

Pendant la guerre 39-45 il est mobilisé à nouveau comme Commandant du 10° Corps d’Artillerie de Rennes. Chef de parc à Rennes, il doit se charger de réquisitionner chevaux et véhicules pour les besoins de l ‘armée. C’est ainsi qu’il est amené à réquisitionner une partie des camions et des chauffeurs de sa propre entreprise .

Il est envoyé du coté de Sedan et se trouve dans ce secteur lors de l’offensive allemande de Mai 1940. Il organise le repli de son unité vers le midi de la France avec seulement un camion perdu. Après l’Armistice il est démobilisé et rentre à Saint-Brieuc poursuivre ses activités professionnelles.

Une famille résistante

Ses deux fils ,Georges ancien lycéen à Le Braz, et son frère Jean-Charles ancien élève de Saint-Charles ont entre-temps quitté les Côtes du Nord dès le début de l’occupation. Ils montent à bord de la goélette La Manou à Paimpol le 19 Juin 1940 avec 80 jeunes de l’école d’hydrographie afin de rejoindre l’Angleterre. Ce navire avait déjà quelques jours auparavant participé à l’évacuation de troupes alliées à Dunkerque. Enrôlés dans les Forces Françaises Libres, ils font partie des troupes franco-anglaises qui libèrent la Syrie en 1941. Ensuite ils se retrouvent en Juin 1942 dans des commandos en Libye. Lors d’une opération de diversion dans le cadre de la bataille de Bir-Hakeim ils attaquent un aéroport et détruisent plusieurs avions italiens. Mais ils sont faits prisonniers par les italiens et emmenés sur un bateau, le Nino Rixo qui est torpillé par un sous-marin allié au cours de la traversée vers la Grèce. Le bateau ne portait pas de marque distinctive des transports de prisonniers. Croyant que le bateau allait couler ils se jettent à la mer et se noient. Georges avait 22 ans et son frère Jean-Charles 20 ans. ( )

Au début de l’année 1942 toute la famille Royer est chassée de sa demeure au 10 Bd Gambetta qui est réquisitionnée par les allemands pour y établir l’Etat- major du Corps d’Aviation de Saint-Brieuc. Heureusement un interprêtre de la préfecture les prévient et ils ont le temps de déménager tout le mobilier que les allemands entendaient utiliser . La famille trouve refuge dans une maison de la rue Renan réquisitionnée par la Ville.

Le troisième fils , Michel Royer s’engage également dans la Résistance ; Il fournit des renseignements sur les mouvements des troupes allemandes, sur les travaux qui se déroulent sur le terrain d’aviation de Saint-Brieuc. Agent P1 du réseau Confrérie Notre Dame (CND Castille, réseau du Colonel Rémy), à partir de Mai 1941 il doit quitter Saint-Brieuc après l’arrestation de Yvon Pageot ( Le Page) responsable du réseau arrêté le 24 mai 1942. Après avoir envisagé un départ par bateau de Paimpol, il prend le train le 13 Juin 1942 pour l’Espagne vers San Sébastien. Là le consulat britannique aide ceux qui veulent rejoindre l’Angleterre, direction l’Ambassade de Madrid qui fournit des faux papiers permettant de se rendre à Séville pour embarquer sur un cargo anglais qui charge du minerai de fer . Escale à Gibraltar le 14 Juillet 1942, soit un mois pour rejoindre un petit bout de l ‘Angleterre et de la liberté. Michel se retrouve ensuite en Ecosse et s’engage dans les Forces Françaises Libres et participe à la libération de la France au cours de l’été 1944.


Charles Royer s’engage dans la Résistance vers 1942 quand se mettent en place les principaux mouvements. Il reçoit chez lui Yves Jézéquel, lycéen à Le Braz qui avec un poste émetteur lance des messages vers l’Angleterre.

Libération-Nord

Il devient membre du mouvement Libération - Nord après des contacts avec M. Guennebaud, professeur d’anglais au Lycée Le Bras. Mais son associé, M. Mafart est aussi dans la Résistance, il est notamment en relation avec Adolphe Vallée, chef de l’Armée Secrète. L’abbé Chéruel était familier de la maison Royer pendant la guerre. Charles Royer intègre la CDL clandestin dès sa création au début de l’année 1944 au titre des personnalités représentant le patronat patriotique. Son ami Mafart apporte également ses compétences au CDL puisqu’il sera nommé responsable de la Commission économique quelques temps. Charles Royer suggère de confier la présidence du CDL à Henri Avril . Il disait « Je ne prendrais pas le maquis tant que Avril ne le prendra pas » et Vice versa.

Maire de Saint-Brieuc en 1944

Charles Royer est nommé à la Libération Maire de Saint-Brieuc par arrêté du préfet Gamblin en date du 6 Août 1944. L’installation de la délégation spéciale a lieu le 11 août en présence du préfet, d’Henri Avril , Président du CDL et du secrétaire général de la Préfecture M. Bonnafous. Sont membres de cette délégation, outre M. Royer, M. Eugène Hélary, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées en retraite, Jean Nicolas,Max le Bail, Georges Gallais, Eugène Le Bert, Adolphe Vallée,Vincent Le Méhauté, Mme Michel ( les quatre premiers étant désignés aux postes d’adjoint). Il prend à ses cotés Louis Guilloux comme interprète auprès des autorités américaines.

Lors des élections municipales du 29 avril et du 13 Mai 1945 Charles Royer est élu à la tête de la liste présentée par la Résistance. Il est élu maire de la ville par 25 voix et un bulletin blanc lors de l’installation du conseil municipal le 19 Mai 1945. Lors de son discours, Charles Royer indique que «  Notre nouvelle assemblée issue du suffrage universel, reprend les traditions républicaines et puisque nous avons été élus en ces jours de gloire que nous venons de vivre, on l’appellera le Conseil Municipal de la Victoire . Je ne suis pas ici l’homme d’un parti et vous le savez tous, mon plus grand désir est de réaliser l’union qui seule est féconde et cette Union de tous les français que réalise sur le plan national notre Chef, le Général de Gaulle, doit être encore plus facile à obtenir au sein de notre Assemblée, qui en dehors de toute controverse politique ou confessionnelle a pour rôle essentiel de bien administrer la Ville. Dans l’œuvre de la Renaissance française qui est la première tâche de la Quatrième République naissante, nous aurons à prendre notre part sur le plan local. Nous le ferons courageusement en nous inspirant des principes d’une vraie démocratie et dans un esprit social qui ne se démentira pas. ».

Le conseil municipal élu en 1945 eut un mandat limité à deux ans, les élections municipales se déroulent à nouveau en 1947. Charles Royer décide de ne pas se représenter. Lors de la réunion du Conseil Municipal du 7 Octobre 1947 le conseiller municipal Nicolas qui lui succédera à la tête de la Ville fait la déclaration suivante «  Votre auréole sera d’un autre ordre ( que celle des maires précédents ), d’un ordre spirituel, éthéré d’un ordre moral. Vous resterez aux yeux de vos collègues et aux yeux de la ville de Saint-Brieuc toute entière, le grand animateur de la résistance, celui auquel Monsieur le Préfet, dans une récente manifestation officielle, a rendu un juste et éloquent hommage. Vous aurez encore été quelque chose de plus, l’homme qui a cristallisé deux sentiments beaux et nobles entre tous : Le culte de la patrie et le sens du devoir. Vous avez payé un lourd tribut à la guerre. Pourtant, vous auriez pu vous replier sur votre douleur et observer d’un œil vigilant l’évolution heureuse ou malheureuse des événements. Vous avez estimé que votre devoir n’était pas terminé, et vous avez eu un magnifique courage, vous avez estimé que la Patrie passe avant la Famille , et vous lui avez sacrifié la quiétude à laquelle vous aviez bien droit. ».

Le Conseil municipal unanime décerne à Charles Royer le titre de Maire de la Libération, par ce geste il entend traduire la reconnaissance que la ville de Saint-Brieuc doit à l’animateur de la Résistance et à l’administrateur intègre qui a assumé la lourde charge de présider aux destinées de la ville pendant la période difficile de l’après-guerre. A l’issue de cette réunion Charles Royer prononce ces dernières paroles en tant que maire «  Notre conseil municipal a été élu sous le signe de la Résistance. Nous avions , les uns et les autres, lutté ensemble pendant les années sombres, et nous avons continué dans ce conseil l’union qui se faisait autrefois et qui continue à la faire, notre force. Je dois, et je le fais non sans regret, abandonner la mission et la charge dont vous m’aviez investis, et dont j’ai été très fier. Des raisons personnelles, et en particulier de santé et de fatigue, font que cette charge devient lourde pour mes épaules. Je l’avais d’abord acceptée en Août 1944 dès la Libération, à titre très temporaire et comme un devoir. Ensuite je me suis présenté aux élections municipales à votre tête, et c’est comme un devoir que je le faisais, mais j’étais bien résolu à ne pas prolonger la durée de ce mandat, et à résilier cette charge aux prochaines élections ». Je souhaite très vivement que ces élections maintiennent à notre conseil l’entente qui a toujours régné parmi nous ajoutait-il en évoquant les partis qui s’opposent davantage que par le passé.

Dans le cadre de la recomposition du Conseil Général Charles Royer se voit proposer par le CDL un poste de conseiller général sur Saint-Brieuc. Il se présente effectivement aux élections de l’automne 1945 avec l’étiquette de républicain et obtient un score honorable mais il est battu au second tour par Max Le Bail ,résistant et candidat de la SFIO. Il est ensuite candidat aux élections législatives sur la liste de René Pleven en troisième position lors des législatives de l’automne 1946( Rassemblement de la Gauche Républicaine), puis en cinquième position lors du scrutin de Juin 1951( liste de Centre-Droit).

Charles Royer assumera de 1950 à 1955 la présidence de l’Association des Anciens Résistants des Côtes du Nord ( A.R.C ) , association créée en 1946 et dont le premier président fut Maurice Barré. Charles Royer, fondateur du Rotary Club de Saint- Brieuc ,était Commandeur de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre 14- 18 et 39-45, Médaillé de la Résistance. Il décède à Saint-Brieuc le 12 Avril 1971 âgé de 86 ans.